Blog cinéma d'utilité publique

Blog cinéma d'utilité publique
Obligatoire de 7 à 77 ans

dimanche 20 août 2017

SPETTERS (1980)

Réalisateur : Paul Verhoeven.
Scénario : Gerard Soeteman, Jan Wolkers.
Directeur de la photographie : Jost Vacano.
Musique : Ton Scherpenzeel, Kayak.
Avec Hans Van Tongeren, Renée Soutendjik, Toon Agterberg, Maarten Spanjer, Jeroen Krabbe, Rutger Hauer, ...
Pays-Bas - Couleurs - 120 minutes.




"Foutez-moi la paix sinon je force votre pote le loubard à boire toute ma végétaline !" (Fientje, femme à frire)



Il Était une Fois Aux Pays-Bas.


Il fut une époque où les Pays Bas étaient fiers de Paul Verhoeven. La série médiévale populaire Floris et les succès critiques internationaux de Turkish Delight (1973) et Soldier of Orange (1977) avaient fait de lui un cinéaste prometteur, presque respectable. Puis vint Spetters, l'outrage. Après la lune de miel, les insultes et la rupture. Considéré comme homophobe, misogyne et tout simplement dégradant, Spetters fédéra contre lui la critique et une partie du public. Une haine justifiée ? Oui et non. Si le film de Verhoeven ne souffre d'aucune des tares dont on l'accuse, il ne cherche pas non plus à s'attirer la sympathie du public.

Quand on ne regarde la vérité que de profil ou de trois quarts, on la voit toujours mal. Il y a peu de gens qui savent la contempler de face. (Gustave Flaubert)

Conte moral virant au pamphlet nihiliste, Spetters crache à la face du public la vérité nue et sale de sa propre médiocrité et de ses rêves déçus. Un geste aussi courageux que suicidaire de la part d'un cinéaste en  pleine possession de ses moyens, lucide et virtuose. Mais que raconte donc Spetters ?
Rien, Eef et Hans sont trois jeunes gens passionnés de motocross et qui vouent un culte au champion de la discipline, le bellâtre Gerrit Witkamp (Rutger Hauer, formidable de charisme et d'hypocrisie bas du front). Ils rêvent, ils conduisent vite, ils dansent, ils baisent. Ils vont bien vite déchanter. De passage dans leur ville, accompagnant son frère dans une roulotte, Fientje (la tornade blonde Renée Soutendjik), une vendeuse de frite qui rêve de gloire et d'un ailleurs qui ne sente pas le graillon va débarquer dans la vie des trois garçons et tout changer. Qu'elle le veuille ou pas. Pilote prometteur, Rien va se briser la colonne vertébrale dans un accident stupide. Eef va découvrir la vraie nature de l'homophobie qu'il affiche sans honte à la suite d'un viol collectif. Et Hans, naïf et sans talent, va enfin comprendre ce que cache les rires de ceux qui l'entourent.
Impeccablement structuré, le scénario de Gerard Soeteman (complice de Verhoven depuis Business Is Business et sur toute sa période hollandaise) cache ses implacables mécanismes de tragédie moderne derrière une trivialité de façade et tire à boulets rouges sur l'hypocrisie de la société contemporaine. Les rêves que l'on vend à la jeunesse ne sont que des mensonges et des instruments de soumission. On patauge dans la merde mais l'on voudrait nous faire croire que ça sent la rose et les lendemains qui chantent. La religion, les médias, la célébrité, les dogmes, la plèbe. La vérité rattrape tout le monde et broie toutes les illusions. Les trois héros de Spetters ont beau foncer vers un avenir qu'ils imaginent radieux sur leurs bécanes rutilantes, le destin finira par les forcer à mettre pied à terre et à couper le moteur. Un retour à la réalité annoncé d'ailleurs dès le départ par les pannes incessantes de la moto de Hans. Le genre de discours si acide et terrible que le public d'alors n'a pas pu le digérer. A cette bonne rasade de vitriol, Verhoeven en rajoute encore par des images fortes sous une lumière froide, cadrant sans cérémonie le sexe triste de ses personnages et un viol homosexuel particulièrement violent. Pour choquer ? Non. Pour cadrer avec son discours de vérité, tout simplement.
Pourtant, et là est le paradoxe, Paul Verhoven ne manque pas de tendresse pour ses personnages. Rien, Eef, Hans et Fientje sont des losers parfois immondes, souvent vulgaires, mais toujours attachants. Le réalisateur ne les prend jamais de haut, bien au contraire. L'énergie qu'il déploie (la caméra est presque toujours en mouvement et le montage est sidérant de dynamisme) témoigne de l'admiration qu'il porte à la jeunesse et aux pulsions de sexe, de vie et de mort qui en font tout le sel. "Vous les trouverez laids et pitoyables, et vous aurez sans doute raison, mais moi, malgré tout, je les aime" semble nous dire Verhoeven. Le Hollandais violent serait t-il un punk sentimental ? C'est bien possible. Le destin funeste qu'il réserve à l'un des personnages est si émouvant qu'on en viendrait presque à verser de chaudes larmes. Spetters n'est définitivement pas l'œuvre d'un artiste cynique et condescendant.
Outre le plaisir immédiat que Spetters offre à qui saura regarder en face, sans préjugés et sans crainte du reflet peu flatteur que renvoie ce miroir qui nous est tendu, le cinéphile saura s'amuser d'y découvrir une œuvre somme. D'une part, Spetters poursuit et amène jusqu'à son point de rupture le travail que mène Verhoeven sur l'horreur de notre civilisation de faux-culs depuis son tout premier long-métrage où les fantasmes cachés et grotesques des mâles hollandais se dévoilaient dans un bordel. D'autre part, les futures œuvres du cinéaste y sont déjà en germe. Fientje et Nomi Malone, l'héroïne de Showgirls ont beaucoup en commun dans leur opportunisme forcené (et les deux films partagent également une scène où la tension sexuelle se voit stoppée net par les menstruations de la demoiselle). Johnny Rico, Dizzy Flores et Carl Jenkins, le trio de jeunes amis qui lance Starship Troopers ne sont quant à eux que des versions Barbie et Ken des motards de Spetters. Mêmes rêves, mêmes destins brisés (ou presque). Les loubards violents de Robocop sont à peine plus évolués que les gangs en blousons de cuir qui ravagent le bar du père de Hans. Enfin, le viol que subit Eef le rapproche de Michèle, l'héroïne de Elle, tous les deux trouvant dans ce traumatisme sexuel la force de briser les chaînes qui les entravent depuis trop longtemps ou, du moins, d'ouvrir les hostilités.
Spetters, un affront aux bonnes mœurs ? Peut-être. Un chef d'œuvre ? Oui, et pas qu'un peu.

Alan Wilson     




 



























lundi 14 août 2017

LA TOUR SOMBRE (2017)

Titre original : The Dark Tower.
Réalisateur : Nikolaj Arcel.
Scénario : Akiva Goldsman, Jeff Pinkner, Anders Thomas Jensen, NIkolaj Arcel.
Directeur de la photographie : Rasmus Videbaek.
Musique : Tom Holkenborg, alias Junkie XL.
Avec Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor, Claudia Kim, Katheryn Winnick, Fran Kranz, Abbey Lee, Jackie Earl Haley, ...
Etats-Unis - Couleur - 95 minutes.




L'Homme en Noir et le Pistolero se font face. King stand-off.



Terre perdue


Saga littéraire fleuve composée de huit romans et d'une nouvelle publiés entre 1978 et 2012 (sans compter Le Talisman, coécrit avec Peter Straub, les bandes dessinées ou encore Les Concordances de Robin Furth, une sorte d'encyclopédie comparable aux Appendices du Seigneur des Anneaux), La Tour Sombre est l'épine dorsale de l'œuvre de Stephen King. En plus de rendre hommage à Sergio Leone et au western spaghetti, aux écrits de Joseph Campbell et au cycle Arthurien, à Frank Herbert et à J.R.R. Tolkien, l'écrivain y dresse des parallèles plus ou moins directs avec la quasi-totalité de ses autres romans et va même jusqu'à se mettre en scène lors de l'accident qui faillit lui coûter la vie en 1999. Soit un univers adulte, complexe, riche, ludique, surréaliste, émouvant et poétique. Et un vrai casse-tête pour Hollywood, toujours à l'affût d'une nouvelle franchise apte à faire bander les geeks et remplir le tiroir-caisse. La Tour Sombre n'est sans doute pas inadaptable mais la singularité de la bête requiert de l'intelligence et des couilles, des qualités de plus en plus rares.
Premier à s'y coller avant de jeter l'éponge, J.J. Abrams hésite pendant plus de trois ans (entre 2006 et 2009) sur le format d'une adaptation qu'il coécrit avec ses compères de Lost, Carlton Cuse et Damon Lindelof. Film ou série télé ? Le projet ne décolle pas. Avec le recul, le trio de fanboys, aussi surestimé soient-ils, était pourtant le meilleur choix pour porter La Tour Sombre à l'écran, grand ou petit, les références dont ils ont truffé leurs séries témoignant d'un amour sincère et d'une vraie compréhension du matériau de base. Une belle occasion manquée donc. Puis vient le tour de Ron Howard qui prévoit trois films et deux séries télé, confie le scénario au très dispensable Akira Goldsman (coupable des Batman de Joel Schumacher et fossoyeur du Je Suis Une Légende de Richard Matheson pour Will Smith) et approche Javier Bardem pour interpréter Roland Deschain, le dernier des pistoleros et protagoniste central de La Tour Sombre. Cinq années de development hell plus tard, le bébé atterrit finalement chez Sony (après être passé chez Warner et Universal) et les ambitions sont considérablement revues à la baisse avec un seul film à l'horizon, histoire de ne pas prendre trop de risques. Si Ron Howard et Akiva Goldsman restent impliqués (le premier coproduit, le second écrit une nouvelle version), c'est le danois Nikolaj Arcel, réalisateur du très bon A Royal Affair avec Mads Mikkelsen, qui hérite de la mise en scène. Plutôt une bonne nouvelle ? Au vu du résultat, pas vraiment.
Disons-le tout net, l'adaptation est foirée dans les grandes largeurs. Passe encore le choix de confier le rôle de Roland à Idris Elba (la couleur de peau n'est pas le problème, mais j'y reviendrais) ou de penser le film comme une "suite" au cycle littéraire. Il est parfois nécessaire de trahir la lettre pour sauver l'esprit. Manque de bol, l'esprit n'est pas juste trahi, il est carrément violé. Si l'on y réfléchit cinq minutes, la quête de la Tour Sombre est semblable à toutes les quêtes du genre épique. Peu importe la destination, seul compte le voyage et les leçons que l'on en tire. Ici, point de quête mais une banale histoire de vengeance avec sauvetage de l'univers en prime. Le méchant veut détruire la Tour et faire triompher le Mal. Charge aux gentils de tuer le méchant. Et n'allez pas chercher plus loin que ça. Une intrigue de série B bouclée en 95 minutes générique compris. Vous vouliez du post-apo mystique ? Allez-vous faire foutre. Vous vouliez du western fantastique ? Allez-vous faire foutre. Vous vouliez de la magie et la promesse d'un monde dépassant l'imagination ? Allez (vraiment) vous faire foutre. Remonté de toutes parts (des rumeurs, faciles à croire, font état de coupes massives), parfois carrément cheap en dépit d'un budget confortable de 60 millions de dollars, paresseux de par ses raccourcis narratifs (c'est pratique les portails dimensionnels, ça permet d'aller vite et de justifier des ellipses) et incapable de tirer avantage de ses décors naturels (c'est tourné en Afrique du Sud mais ça pourrait tout aussi bien être la Bulgarie) , La Tour Sombre 2017 prend l'eau de toutes parts.  
Seul le casting sauve quelque peu la mise. Crédible dans l'action et charismatique, Idris Elba a peu à faire mais il le fait bien et parvient à rendre son Roland attachant à défaut de lui apporter la noblesse et la profondeur requise (quitte à changer la couleur du personnage, croisement entre l'Homme Sans Nom de Clint Eastwood et le Perceval des Chevaliers de la Table Ronde, Denzel Washington eut été un choix plus judicieux). Dans la peau de l'Homme en Noir, alias Walter Paddick, Matthew McConaughey est, quant à lui, parfait. Délaissant un temps les rôles de beaux gosses romantiques et mystérieux et son spleen texan, l'acteur embrasse avec gourmandise la méchanceté gratuite de ce sorcier aussi séduisant que cruel. La beauté du diable en quelque sorte. Félicitations également au jeune Tom Taylor qui rend justice au rôle difficile (parce que potentiellement casse-couille) de Jake Chambers, gamin paumé et un peu collant mais héroïque. 
Pour ce qu'il est, La Tour Sombre se laisse vaguement regarder. Pour ce qu'il aurait pu (et dû) être, le film de Nikolaj Arcel est une insulte à l'intelligence des spectateurs comme des amoureux de l'œuvre originale. Un vrai film de studio, en somme.

Alan Wilson          
  
       





















jeudi 10 août 2017

LOCKE (2013)

Réalisateur : Steven Knight.
Scénario : Steven Knight.
Directeur de la photographie : Haris Zambarloukos.
Musique : Dickon Hinchliffe.
Avec Tom Hardy, et les voix de Ruth Wilson, Olivia Colman, Andrew Scott, Ben Daniels, Tom Holland, ...
Grande-Bretagne/Etats-Unis - Couleur - 85 minutes.


"Merde, j'ai oublié ma compil Francis Cabrel." (Ivan Locke)




Fury Road

Et hop, encore un film concept. Soit LE genre casse-gueule par excellence, pour peu que l'égo passe avant la rigueur. Par chance, le réalisateur et scénariste Steven Knight ne ressemble en rien à un petit malin bouffi d'autosatisfaction. Ce serait même plutôt le contraire.
Si Phone Game (Colin dans une cabine - tiens, ça rime !) et Buried (Ryan dans une cabane, euh, pardon, dans un cercueil), similaires dans leur concept de huis-clos en solitaire, usaient de la mécanique du thriller pour garantir une tension constante, Locke emprunte pour sa part le chemin nettement plus théâtral du drame intimiste. Soit le risque d'assommer le spectateur avec des tunnels de dialogues pour seul moteur narratif. D'autant plus qu'à l'exception d'une poignée de plans, la caméra ne quitte jamais l'habitacle de la voiture où Ivan Locke, triste héros de cette histoire si simple, voit sa vie lui échapper, kilomètre après kilomètre, coup de fil après coup de fil.
Pragmatique, Steven Knight s'assure de garder le spectateur éveillé et captivé en évitant de trop en faire ou de s'égarer. Si le trajet qu'effectue le personnage principal est sensé durer deux heures, le montage contourne la sensation de "temps réel" par des ellipses aussi discrètes qu'efficaces et ramène le film en dessous d'1h30, générique compris. Pas de gras, pas de redondances. Autre atout majeur dans la manche du cinéaste, son scénario. L'intrigue est aussi limpide que linéaire. Une décision, une destination, des conséquences multiples. Qu'il soit confronté à sa femme, son fils, son patron, son collègue de travail ou sa compagne d'un soir et mère en devenir d'un enfant inattendu, Ivan Locke s'échine à résoudre les problèmes qui lui tombent sur le coin de la gueule les uns après les autres. A contrario de Phone Game ou Buried, déjà cités plus haut et où l'enjeu était unique (survivre), Locke créé de multiples sous-intrigues et relance l'intérêt en permanence. Steven Knight se permet même des interludes sous forme de monologues dont on imagine qu'ils prennent place dans l'esprit en surchauffe du personnage principal. Des fondations solides mais qui ne serviraient à rien sans un interprète solide pour porter le film sur ses épaules. Le temps est donc venu de parler de Tom Hardy.
Entre de mauvaises mains, Ivan Locke apparaîtrait bien vite pour un salaud, mari infidèle et ouvrier monomaniaque. Seul en scène (ou presque), brillant et magnétique de bout en bout, Tom Hardy opte pour des choix nuancés. Souvent sollicité pour son charisme brut et son jeu physique, l'acteur londonien se concentre ici, pour l'essentiel, sur sa voix et son accent (oubliez la version française donc). Il fait d'Ivan Locke un gallois, calme et déterminé et qui ne fend pas l'armure facilement. Un homme avec des principes et qui n'a de cesse de vouloir guérir les cicatrices du passé. Un homme fondamentalement bon et qui va accepte de payer sans broncher pour l'erreur qu'il a commis. Impossible de décrocher de Tom Hardy dont le talent résiste à une photo assez dégueulasse et inconfortable, blafarde, trouble et surchargée de reflets disgracieux, unique défaut d'un long-métrage solide et émouvant.

Alan Wilson        















































jeudi 23 mars 2017

TU NE TUERAS POINT (2016)

Titre original : Hacksaw Ridge.
Réalisateur : Mel Gibson.
Scénario : Robert Schenkkan, Andrew Knight.
Directeur de la photographie : Simon Duggan.
Musique : Rupert Gregson-Williams.
Avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Luke Bracey, Sam Worthington, Teresa Palmer, Hugo Weaving, Rachel Griffiths, ...
Etats-Unis/Australie - Couleurs - 139 minutes.


Même sans les collants de Spider-Man, Andrew Garfield reste un (super) héros


"Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal ..."

Dix années séparent le tétanisant Apocalypto de Tu Ne Tueras Point. Dix années de mise à l'écart pour Mel Gibson, acteur et cinéaste d'exception, en raisons de frasques (un peu) et de paroles (beaucoup) jugées nauséabondes par le tout Hollywood. Dix années bien trop longues.
Si Mad Mel nous revient aujourd'hui par le biais d'un film de guerre reposant sur l'histoire vraie de Desmond Doss, premier objecteur de conscience à recevoir la médaille d'Honneur pour l'héroïsme insensé dont il fit preuve lors de la bataille d'Okinawa en mai 1945, il n'est animé ni par un esprit revanchard, ni par un besoin de rédemption. Les notions de foi et de sacrifice ainsi qu'un rapport très paradoxal à la violence la plus extrême continuent d'irriguer son cinéma comme ce fut le cas hier pour Braveheart ou La Passion du Christ. Les convictions inébranlables de son héros face à l'adversité, le martyr vécu comme une expérience spirituelle, la boucherie de scènes de combat au réalisme éprouvant, pas de doutes possibles, Tu Ne Tueras Point est bien un film de Mel Gibson, l'œuvre d'un artiste n'ayant nullement l'intention d'adoucir ou de rationnaliser son propos pour montre patte blanche. Radical un jour, radical toujours.
Si les corps mutilés, carbonisés, dévastés et ravagés que filment Gibson avec une gourmandise parfois ambiguë renvoient aux saillies gores d'Il Faut Sauver le Soldat Ryan et de ses dérivés télévisuels (Band of Brothers et, surtout, The Pacific) en particulier et à l'ultra-violence d'une frange de la production américaine contemporaine en général, il ne s'agit en aucun cas d'un aveu de modernité de la part d'un cinéaste qui ancre définitivement son film dans le passé. Avec des références allant de King Vidor à Raoul Walsh et Samuel Fuller en passant par le bis guerrier italien (celui-là même que le Stallone de John Rambo revendiquait fièrement) et les emprunts stylistiques aux mentors de toujours, Richard Donner et George Miller, Mel Gibson navigue à contre-courant d'un cinéma populaire de plus en plus désincarné et tape à l'œil. A l'image, en fait, de son héros (formidable Andrew Garfield), désireux de servir son pays et de prendre l'uniforme mais refusant mordicus de brandir une arme et de tuer. Mais s'il est une influence qui transpire tout du long de Tu Ne Tueras Point, c'est bien celle d'un film que l'on cite trop peu, à savoir Windtalkers - Les Messagers du Vent. Défiguré dans sa version du cinéma (il faut se ruer le director's cut, seulement disponible en dvd zone 1), sacrifié au box-office et mis à l'écart par la critique, le superbe film de guerre de John Woo (catholique revendiquant sa foi avec autant de ferveur que Mel Gibson) était jusqu'à ce jour la plus intéressante tentative de mêler spiritualité, classicisme désuet et grand spectacle belliqueux sur les champs de bataille de la Seconde Guerre Mondiale. Outre le fait qu'ils posent tous les deux leurs caméras sur le front du Pacifique et que le score de Rupert Gregson-Williams sonnent souvent comme du James Horner, Gibson et Woo se rejoignent par le besoin de chercher l'homme derrière le soldat, le cœur qui bat chez les héros, la croyance qui préserve de la sauvagerie gratuite. Un regard à hauteur d'homme, naïf et extatique mais d'une sincérité indéniable, chaque film se vivant comme une prière. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous dit John Woo, héritier du Nouveau Testament. "Tu ne tueras point", nous dit Mel Gibson, plongeant dans l'Ancien. Je ne saurais que trop vous recommander un double programme.
Couvert de louanges par la critique, nominé un peu partout, couronné par un joli succès public (près de quatre fois sa mise initiale, très raisonnable, de 40 millions de dollars), d'aucuns voudrait voir en Tu Ne Tueras Point le retour de Mel Gibson. Il n'était pas parti. Il était toujours là. Vous aviez seulement décidé de détourner votre regard de ce grand écorché vif.


Alan Wilson





mercredi 28 septembre 2016

THE REVENANT (2015)

Réalisateur : Alejandro Gonzalez Iñarritu.
Scénario : Mark L. Smith, Alejandro Gonzalez Iñarritu, d'après The Revenant de Michael Punke.
Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki.
Musique : Ryuichi Sakamoto.
Avec Leonardo Di Caprio, Tom Hardy, Domnhall Gleeson, Will Poulter, Forrest Goodluck, Duane Howard, Arthur Redcloud, ...

Etats-Unis - Couleur - 156 minutes.


Nature & Découverte, le film.



La Passion de Leo

Le doute n'est pas permis, Alejandro Gonzalez Iñarritu appartient à cette race de cinéastes persuadés (souvent à raison) d'évoluer à cent coudées au-dessus des autres, rejoignant ainsi des pointures - et fortes têtes - telles que Stanley Kubrick, Michelangelo Antonioni ou encore David Fincher. Ne serait-ce que pour ses talents de formaliste ambitieux et de directeur d'acteur pointu ainsi que son refus de la facilité, on serait tenté de lui laisser une place dans ce club très select. Mais les exploits accomplis sur la forme souffrent systématiquement de lourdeurs sur le fond, le mexicain ayant pris la fâcheuse habitude d'asséner ses messages avec la grâce et la légèreté d'un convoi de blindés allemands. Exemple le plus frappant (c'est le cas de le dire), Birdman dissimulait ainsi fort mal derrière sa virtuosité de façade et son casting impeccable un discours binaire, maladroit et carrément hautain sur l'Art et le Cinéma. En optant, avec The Revenant, d'enchaîner sur un pur survival, linéaire et physique, genre plus viscéral qu'intellectuel, Iñarritu promettait de se concentrer sur ses points forts sans pour autant se renier. Le pari n'est pas totalement réussi mais il donne tout de même à voir un cinéaste bien plus concentré sur son art à proprement parler que sur la perception que la critique et le public peuvent en avoir.
Evacuons d'emblée le caillou dans la chaussure d'Iñarritu. Parasité par une narration qui patine un peu en son centre avant de dérailler dans sa dernière ligne droite, The Revenant manque de concision. Il y a d'abord ces séquences oniriques à la symbolique pas très fine (on pense à cette église en ruine ou à cette montagne d'ossements) lorgnant vers le cinéma de Terrence Malick et explicitant inutilement des thématiques pourtant limpides (la violence de la colonisation des pionniers, l'abandon du héros). Et puis il y a cette poursuite finale certes haletante mais totalement inutile et se concluant à la fois sur un rebondissement effroyablement téléphoné et un plan face caméra si ostentatoire dans son envie d'interpeller le spectateur qu'il brise quelque peu la magie de la fiction. On aurait pu se passer de ces saillies où le cinéaste nous rappelle avec tambours et trompettes qu'il est avant tout un "auteur".
Car, et c'est là la plus grande force de ce film, le spectacle incroyable de cette nature sauvage, indomptable et magnifique se suffit amplement à lui-même. Fort du travail de titan accompli par le chef op' Emmanuel Lubezki (qui mériterait presque le statut de co-réalisateur), Iñarritu livre une expérience inoubliable. Physique, l'odyssée (véridique) du trappeur Hugh Glass se ressent avec une puissance rare. Chaque plan est un tableau, chaque séquence une épreuve immersive. Expression parfois galvaudée, le "on n'avait jamais vu ça auparavant" prend ici tout son sens. En repoussant les limites d'un tournage en conditions extrêmes et en usant à bon escient de trucages impeccables place aujourd'hui la barre très très haute pour quiconque passera après lui.
Mais une telle démonstration de force serait bien vaine si la caractérisation de TOUS les personnages, principaux comme secondaires, ne sonnait pas aussi juste. Fonctionnant comme les deux faces d'une seule pièce, les personnages interprétés par Leonardo Di Caprio et Tom Hardy sont à la fois complexes, dénués de tout manichéisme et profondément attachants pour leur failles. Chacun dans un registre qu'il connaît sur le bout des doigts, les deux acteurs donnent tout ce qu'ils ont. Plus surprenantes encore sont les prestations de Domnhall Gleeson (qui, de Ex Machina au Star Wars de J.J. Abrams en passant par ce Revenant, s'est définitivement forgé un prénom) et Will Poulter (dont le visage poupin et le regard un peu perdu font ici merveille) parce qu'en eux repose la conscience troublée de toute une nation en devenir.
On ne manquera pas non plus de saluer le traitement réservé aux indiens et qui fait autant écho au Danse Avec Les Loups de Kevin Costner qu'au Nouveau Monde de Terrence Malick (encore lui !). Si les pionniers agissent tel une force apportant le chaos, la violence et la mort, les Arikaras sont dépeints comme les vrais seigneurs de la Terre, ne faisant qu'un avec Mère Nature. Avec une tristesse immense et sincère, c'est le viol de leur territoire tout autant que celui de leur chair que Iñarritu expose sous la froide lumière de l'Histoire.
Méritant plus d'un visionnage pour en apprécier la richesse thématique et formelle, The Revenant  n'est peut-être pas un chef d'œuvre mais c'est déjà un grand film.

Alan Wilson
   

vendredi 26 août 2016

CROOKLYN (1994)

Réalisateur : Spike Lee.
Scénario : Joie Susannah Lee, Cinqué Lee, Spike Lee.
Directeur de la photographie : Arthur Jafa.
Musique : Terence Blanchard.
Avec Alfre Woodard, Delroy Lindo, Zelda Harris, Carlton Williams, Sharif Rashed, Chris Knowings, Spike Lee, ...
Etats-Unis - Couleur - 115 minutes


L'été en pente douce de Troy (Zelda Harris).


The Spike Lee Show

Œuvre semi-autobiographique et familiale, Crooklyn offre à voir une facette inédite de la personnalité bouillonnante de Spike Lee. Soul et funky (superbe bande originale), puisant ses racines dans la Nouvelle Vague Française et le Néo-Réalisme Italien, c'est le portrait ludique, doux et poétique d'une famille dans le Brooklyn du début des années 70. C'est un film apaisé, certes ponctuellement traversé d'éclairs fiévreux, de disputes et de tragédies inattendues mais ne versant jamais dans le misérabilisme ou le drame plombant.  
Déroulant son intrigue (ou plutôt son absence d'intrigue à proprement parler) sur tout un été, Crooklyn vaque d'un membre de la famille Carmichael à un autre au gré des discussions, des petites chamailleries et des galères quotidiennes, tout en se recentrant fréquemment sur le personnage de Troy, 10 ans, seule fille du couple formé à l'écran par Alfre Woodard et Delroy Lindo. Interprétée avec un talent fou par la craquante Zelda Harris, elle est le cœur du film et son âme, véritable Antoine Doinel au féminin. Et, en filigrane, c'est son passage impromptu à l'âge adulte qui se dessine jusqu'à un épilogue tendrement émouvant. L'hommage d'un cinéaste à sa petite sœur devenue femme.


Alan Wilson
  
      

jeudi 25 août 2016

PIRANHA 3DD (2012)

Réalisateur John Gulager.
Scénario : Patrick Melton, Marcus Dunstan, Joel Soisson.
Directeur de la photographie : Alexandre Lehmann.
Musique : Elia Cmiral.
Avec Danielle Panabaker, Matt Bush, David Koechner, Chris Zylka, Katrina Bowden, Gary Busey, Christopher Lloyd, David Hasselhoff, ...
Etats-Unis - Couleur - 83 minutes.


Y avait pas de photos moins moches. Et puis, ça résume bien le machin.


Poisson pas frais.


Gore et festif, le Piranha 3D d'Alexandre Aja méritait sans doute une suite. Mais pas celle-là. Fauchée comme les blés (certains effets numériques sont inachevés et l'on a réutilisé des faux cadavres du film précédent ... sans prendre la peine de les couvrir de faux sang !), mal écrite, mal jouée, mal réalisée et mal montée, cette séquelle commise par les (ir)responsables de la franchise Feast (ne perdez pas votre temps) tente bien maladroitement de dupliquer le cocktail cul et hémoglobine du film d'Aja sans jamais y parvenir ne serait-ce qu'une seule seconde. De ce navet sans saveur, les amateurs de caméos foireux pourront toujours sauver la "prestation" autre d'un David Hasselhoff dont on se demande s'il est bien conscient qu'on le ridiculise en continu.  

Alan Wilson.

ZOMBEAVERS (2014)

Réalisateur : Jordan Rubin.
Scénario : Al Kaplan, Jordan Rubin, Jon Kaplan.
Directeur de la photographie : Jonathan Hall.
Musique : Al Kaplan, Jon Kaplan.
Avec Rachel Melvin, Cortney Palm, Lexi Atkins, Hutch Dano, Jake Weary, ...
Etats-Unis - Couleur - 85 minutes.

Les dents du lac rôdent !

Le complexe du castor.

Avec son concept de départ bien débile (une attaque de castors zombies mutants donc), Zombeavers aurait facilement pu suivre la recette des infâmes productions Asylum - si la franchise Sharknado ne vous dit rien, allez donc faire un tour sur Youtube, c'est édifiant de crétinerie opportuniste - à savoir un humour bas du front, des clins d'œil à la culture pop pour se la pêter, des effets digitaux faisandés, un peu de gore, un peu de nudité et beaucoup de cynisme nauséabond.
Surprise ! Si le premier long de l'inconnu Jordan Rubin est effectivement une série Z bien grasse, il a l'immense mérite de faire preuve d'une certaine rigueur, tant scénaristique que formelle (photo correcte, montage soigné), et de ne jamais chercher à se montrer plus intelligent que le public visé. Fonctionnant sur une dynamique similaire au Piranha de Joe Dante (avec une grosse louche d'Evil Dead aussi), Zombeavers prend le temps d'introduire ses personnages (trois bécasses, trois neuneus et une poignée de seconds rôles pittoresques) avant d'entamer le jeu de massacre. Un jeu de massacre d'ailleurs plutôt drôle et saignant et qui sait très bien capitaliser sur les particularités de ses rongeurs enragés. Armés de leurs redoutables quenottes, ces boules de poils en putréfaction attaquent sur terre comme dans l'eau, coupent des arbres pour barrer la route de la victime ou pour les leur balancer sur le coin de la gueule, sectionnent les lignes de téléphone comme les pénis imprudents (aïe !) et transforment leurs victimes en ... zombies mi-humains/mi-castors géants (si si !). Cerise sur le gâteau, la production a eu le bon goût de faire la part belle aux effets à l'ancienne plutôt qu'aux CGI foireux, l'amateur de gore nostalgique ayant ainsi droit à sa dose de latex, d'animatronique et de faux sang.
Comme dirait l'ours Baloo, "il en faut peu pour être heureux" !

Alan Wilson       

dimanche 21 août 2016

FREQUENCE INTERDITE (2000)

Titre Original : Frequency.
Réalisation : Gregory Hoblit.
Scénario : Toby Emmerich.
Directeur de la photographie : Alar Kivilo.
Musique : Michael Kamen.
Avec Dennis Quaid, Jim Caviezel, Andre Braugher, Elizabeth Mitchell, Shawn Doyle, Noah Emmerich, ...
Etats-Unis - Couleur - 118 minutes.





Dennis Quaid voyage dans le temps. Avec une radio vintage. En toute simplicité.









Monsieur Papa.

Voir FREQUENCE INTERDITE, c'est un petit peu comme assister à un double-programme. Très proche, dans le ton et dans l'esprit, de Quelque Part Dans le Temps, Jusqu'au Bout du Rêve et La Quatrième Dimension (la série tv, pas le film à sketches), la première moitié du film de Gregory Hoblit (Peur Primale, Le Témoin du Mal) est une franche réussite. Si l'on passe outre une scène d'ouverture carrément limite en terme de découpage et d'effets spéciaux, cette histoire d'un fils et de son père conversant par le biais d'un bon vieux poste radio alors que 30 ans les séparent (une anomalie temporelle rendue possible par une aurore boréale) évoque John Ford et Frank Capra. On parle base-ball, valeurs familiales et fierté professionnelle dans un quartier de New-York où pompiers et policiers vivent en se serrant les coudes. Le tout au son de la très belle musique de Michael Kamen dont les accords nostalgiques font systématiquement mouche. Ce drame intimiste fonctionne d'autant mieux que l'alchimie entre Dennis Quaid (le père) et Jim Caviezel (le fils), pourtant séparés à l'écran, est indiscutable.
Puis, conséquence directe d'une très belle scène de sauvetage à travers le temps, l'histoire bifurque habilement vers le polar pur et dur, la traque d'un serial-killer qui pourrait bien ajouter la mère du héros à son tableau de chasse. Et le réalisateur d'abdiquer dès lors. Interrogatoires, relevés d'empreintes, suspects trop évidents et filatures, rien d'autre sinon la routine pour un cinéaste spécialisé dans la fiction policière depuis ses débuts sur les séries Hill Street Blues et NYPD Blue et sans doute lassé de devoir s'y laisser enfermer une fois de trop. L'enquête progresse donc mécaniquement et l'intérêt se fait peu à peu la malle jusqu'à un double climax bien bis, pour ne pas dire ridicule. Au terme de cette seconde moitié pas nécessairement honteuse mais pas glorieuse non plus, l'épilogue tente avec sincérité de renouer avec l'émotion mais sans y parvenir pleinement. Dommage, même si une impression générale très positive demeure.

Alan Wilson  

vendredi 19 août 2016

BRAVEHEART (1995)

Réalisateur : Mel Gibson
Scénario : Randall Wallace.
Directeur de la photographie : John Toll.
Musique : James Horner.
Avec Mel Gibson, Sophie Marceau, Brendan Gleeson, Patrick McGoohan, Angus McFayden, Catherine McCormack, James Cosmo, David O'Hara, ...


Etats-Unis - Couleur - 178 minutes.


Les Ecossais ont toujours eu le sens de l'accueil. Chaleureux et rustique.
En totale liberté.


Comme le temps passe vite. En 1995, Mel Gibson était une star internationale respectée, adulée et incontournable. Il était le beau gosse à qui tout réussissait et qui ne se moquait jamais de son public. Comme Kevin Costner, il a été l'un de ces rares acteurs des années 80/90 dont le passage à la mise en scène n'avait rien du caprice mais tout de la profession de foi.
Aujourd'hui, après une série de déconvenues au box-office, des rôles de plus en plus rares et une traversée du désert médiatique, il s'apprête à assurer la promotion de son dernier film, Hacksaw Ridge (présenté le 4 septembre prochain à Venise), et seule une poignée de cinéphiles fidèles (et éclairés) semblent réellement s'en soucier. Pendant ce temps, Disney et ses filiales règnent sur la planète cinéma, l'inondant de "produits" interchangeables, clinquants mais vides. On parle remakes, reboots, prequels, spin-offs. Et on finit par oublier de parler cinéma. Il suffit pourtant de revoir ne serait-ce que dix minutes de Braveheart pour comprendre que la sortie prochaine d'Hacksaw Ridge est l'un des évènements majeurs de l'année. Pour comprendre que le retour de Mel Gibson derrière une caméra, c'est la preuve que le Septième Art, de nos jours,  peut offrir autre chose que des recettes sans saveur pondues par des experts en marketing ayant fait du nivellement par le bas leur fond de commerce. Triste époque que la nôtre, parole de vieux con et fier de l'être.
Revenons donc en 1995. Second long-métrage de "Mad" Mel, Braveheart prend (presque) tout le monde par surprise. Il faut dire qu'entre le drame intimiste (L'Homme Sans Visage, sorti deux ans plus tôt) et la fresque épique et sauvage, c'est le grand écart. Du moins en apparence. Car un capitaine d'exception, qu'il soit à la barre d'un frêle esquif ou d'un paquebot XXL, reste un capitaine d'exception. D'un film à l'autre, Gibson ne change donc pas son approche d'un iota. Une approche frontale et passionnée où la mise en scène s'emploie à faire vivre le scénario, à lui donner une réalité physique, et où la recherche des émotions les plus pures domine le moindre mouvement de caméra, le moindre choix de montage. Avec des moyens d'aujourd'hui, Mel Gibson pratique un cinéma à l'ancienne, sans cynisme, sans double discours.
Une histoire d'amitié est une histoire d'amitié.
Une histoire d'amour est une histoire d'amour.
Et la quête de liberté d'un homme et de ses compatriotes est une quête de liberté.
Rien d'autre.
Chaque fois que l'occasion lui en donnée, Mel Gibson rejette tout sous-entendus. Lorsque l'on tente de corrompre le rebelle écossais William Wallace (joué par Gibson donc), il refuse catégoriquement et réclame à nouveau la liberté. Et peu importe sa liaison avec la princesse française que joue Sophie Marceau, c'est l'esprit et le souvenir de Murron (sublime Catherine McCormack), son premier et grand amour, qui l'accompagne au moment du trépas. La liberté, soit l'absence de compromission par excellence, et la sincérité guident à la fois Mel Gibson, le cinéaste, mais aussi son alter-ego à l'écran.
Du scénario très solide de Randall Wallace (en dépit d'une accumulation non négligeable de libertés prises avec l'Histoire - mais on dira que l'essentiel est ailleurs), Mel Gibson tire donc un poème médiévale brutal et romantique, d'une violence alors inédite dans ses scènes de batailles (fortement inspirées par les techniques de découpage du George Miller de Mad Max 1 & 2), porté par un casting sans fausse note (l'incroyable vilénie de Patrick McGoohan bien sûr, salopard d'anthologie, mais aussi les trognes, le talent et le charisme de Brendan Gleeson, David O'Hara et James Cosmo) et dont l'épilogue, habité par le score celtique de James Horner, déploie une exaltation guerrière à ce jour inégalée. L'émotion. Toujours l'émotion. Et la liberté de ne pas avoir peur de la pousser aussi loin que nécessaire.     

Alan Wilson 
    

    
  












DEBOUT LES MORTS !



Bon, je ne vais pas m'étendre plus que ça. Au rayon des conneries que j'ai pu commettre, il en est une qui viens de me revenir en pleine gueule. Il y a plus d'un an, j'abandonnais Sur un coin de table, un blog dont je commençais à être fier. Par manque de temps, un peu. Par fainéantise, beaucoup. De quoi s'en vouloir, non ? J'ai accumulé bon nombre de projets d'écritures et je n'en ai mené presque aucun à son terme. Parce que je suis trop dur avec moi-même. Fini l'auto-flagellation. Place au plaisir. 
J'ai donc décidé de ressusciter le blog séance tenante. Une à deux critiques de films par semaine. Pour ne pas s'arrêter d'écrire. Et si je ne fais rien d'autre, tant pis.

Bonne lecture !

    





lundi 20 juillet 2015

TERMINATOR GENISYS (2015)

Réalisateur : Alan Taylor.
Scénario : Laeta Kalogridis et Patrick Lussier, d'après des personnages créés par James Cameron et Gale Ann Hurd.
Directeur de la photographie : Kramer Morgenthau.
Musique : Lorne Balfe.
Avec Emilia Clarke, Jai Courtney, Jason Clarke, Arnold Schwarzenegger, J.K. Simmons, ...
Etats-Unis - Couleur - 126 minutes.


Arnold Schwarzenegger. Trop vieux pour ces conneries ?


La cinquième roue du carrosse.

Comment diable en sommes-nous arrivés là ? Tout avait pourtant fort bien commencé. Deux classiques indiscutables de la science-fiction hardcore (signés James Cameron, who else ?) suivis de deux séquelles inutiles mais honorables (avec une nette préférence de l'auteur de ces lignes pour l'apocalyptique TERMINATOR SALVATION de McG), sans oublier une série TV plutôt réussie et courte d'à peine deux saisons. Jusqu'à présent, les aventures temporelles et pétaradantes du T-800, de Sarah Connor et de son fils John,de Kyle Reese et consorts, c'était quand même de la balle, comme disent les d'jeuns. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et le nanar d'Alan Taylor est là pour nous le rappeler. 
Lancé à coup de bandes-annonces inquétantes de nullité et vendu par James Cameron himself comme le "vrai TERMINATOR 3 (...) une renaissance" dans une interview promo aussi crédible qu'un discours politique une veille d'élection, TERMINATOR GENISYS s'annonçait comme un sacré désastre, le viol sans vaseline d'une franchise bien aimée. Inutile de vous préciser donc que j'avais prévu les mouchoirs. Plusieurs paquets de mouchoirs même (plus que pour le visionnage d'un porno, c'est dire).
Après visionnage de la "chose", je n'ai aucune larme à sécher et je me dis que ça aurait pu être pire. Attention, c'est pas reluisant non plus. Ne rêvons pas. Si TERMINATOR GENISYS évite le zéro pointé de justesse, c'est essentiellement grâce à un univers qui, même traité avec une bêtise crasse, parvient à captiver durant une première demi-heure énergique. C'est moche mais, avec son avalanche de péripéties qui revisitent les premiers films, ça a le mérite d'être distrayant. Et il y a Arnold. Arnold qui semble véritablement être le seul à y croire et à vouloir en donner aux fans pour leur argent. Contre toute attente, il est parvenu à rendre son personnage de cyborg vieillissant (mais pas obsolète) et bienveillant crédible. Sur le papier, c'était casse-gueule et ridicule (un terminator aux cheveux blancs affectueusement surnommé Papy, euh, vraiment ?). Mais Arnie s'en tire vraiment bien. Un pur miracle. 
Le reste est tout simplement honteux. Le scénario, mal écrit et mal ficelé, ne tient jamais debout. La mise en scène d'Alan Taylor, paresseuse et hideuse, vient confirmer après un THOR - THE DARK WORLD déjà de sinistre mémoire que le bonhomme ferait mieux de retourner au petit écran le plus vite possible. Quant à Jai Courtney, succédant à Michael Biehn et Anton Yelchin dans le rôle de Kyle Reese, il est tellement mauvais qu'on accepterait volontiers une lobotomie histoire d'oublier son existence. 
Si vous ne savez pas comment occuper un samedi soir pluvieux, que vous êtes déjà perdu dans les brumes reposante d'un nuage de cannabis de qualité premium, que vous avez un bon pack de bières bien fraîches et que le livreur de pizza vient de sonner à votre porte avec une napolitaine supplément fromage, alors TERMINATOR GENYSIS devrait faire l'affaire. En fait, non, commandez le dvd de BLUES BROTHERS. C'est bien les BLUES BROTHERS. Revoyez plutôt ça.

Alan Wilson.      

dimanche 12 juillet 2015

MAN OF STEEL (2013)

Réalisateur : Zack Snyder.
Scénario : David S. Goyer, d'après une histoire de David S. Goyer et Christopher Nolan.
Directeur de la photographie : Amir Mokri.
Musique : Hans Zimmer.
Avec Henry Cavill, Diane Lane, Amy Adams, Kevin Costner, Russell Crowe, Michael Shannon, Laurence Fishburne, Christopher Meloni, ...
Etats-Unis - Couleur - 143 minutes.




(Demi) Dieu ?

Et si la nouvelle bande-annonce, dévoilée il y a peu au Comic Con de San Diego, de BATMAN V SUPERMAN - DAWN OF JUSTICE, rencontre pétaradante et tant attendue entre le croisé à la cape de Gotham City et le dernier fils de Krypton, nous offrait l'occasion rêvée de revenir un instant sur MAN OF STEEL, le précédent effort de Zack Snyder ? Histoire de s'offrir un nouvel avis, à tête reposée, sur un film qui a conquis le box-office mais qui a aussi beaucoup divisé, tant la critique que le public.
Engager David S. Goyer et Christopher Nolan aux côtés de Zack Snyder était pour Warner et DC Comics la garantie de conserver le ton sombre et réaliste d'une trilogie Batman qui aura rapporté des milliards de dollars. Une caution bien plus rassurante que les derniers films (WATCHMEN et SUCKER PUNCH) - boudés par le public - de Zack Snyder, supposément réduit à une tâche d’exécutant. Ironie du sort, les plus gros défauts de ce MAN OF STEEL sont largement imputables aux duettistes de THE DARK KNIGHT tandis que ses (immenses) qualités sont le témoin de l'incroyable vitalité d'un Zack Snyder en pleine possession de ses moyens. Comme le classique de Richard Donner de 1978, MAN OF STEEL s'ouvre sur les derniers jours de Krypton, une planète opulente mais condamnée où les idéologies de Jor-El et du général Zod s'affrontent. Ce premier quart d'heure offre un spectacle d'une ampleur titanesque où science-fiction et fantasy se mêlent avec la même virtuosité que dans AVATAR. Quinze minutes seulement et Snyder prouve qu'il est l'égal d'un James Cameron. C'est après que les choses se gâtent (un peu). Alors que la capsule du nourisson Kal-El, rescapé de l'apocalypse de Krypton est sur le point de s'écraser dans les champs de Smallville, à quelques encablures de la ferme Kent, une coupe brutale nous projette une bonne trentaine d'années plus tard alors que Kal-El/Clark Kent parcourt le monde, broyant du noir et sauvant des gens dans un total anonymat. Maladroite, l'ellipse amorce une narration totalement inadaptée, opérant de nombreux va et vient entre le présent et la jeunesse du super-héros jusqu'à la moitié du deuxième acte. Sans trop se fouler, Goyer applique à MAN OF STEEL la méthode employée dans BATMAN BEGINS. Mais la greffe ne prend pas. Si une narration éclatée convient parfaitement à l'esprit tourmentée d'un Bruce Wayne hésitant sans arrête entre vengeance et justice, il n'en va pas forcément de même pour Superman. Il est donc difficile, dans un premier temps, de s'attacher à un héros dont le dilemme principal (s'intégrer dans la société humaine, pas à pas) perd toute cohésion. Surtout lorsque les flash-backs en question, montés à toute vitesse, ne s'offre aucune respiration et en vienne à sacrifier quelque peu le personnage essentiel de Jonathan Kent, père adoptif de Kal-El et mentor. Si l'interprétation impeccable de Kevin Costner sauve les meubles, produisant in extremis l'émotion nécessaire, les regrets sont tout de même de mise. Narration et montage. Deux gros points noirs qu'un cut alternatif, plus aéré, moins elliptique et linéaire suffirait pourtant à gommer. 
Mais, si l'on fait fi de ces défauts et que l'on s'adonne à un ou deux visionnages supplémentaires, alors le métrage de Snyder dévoile de véritables trésors de cinéma. Abandonnant les ralentis hypnotiques et iconiques de ses précédents films, Snyder filme le plus souvent l'action caméra à l'épaule avec une maîtrise du procédé qui n'a rien à envier à un William Friedkin ou un John McTiernan. Le tout avec la même science du cadre démontrée dans 300 ou WATCHMEN. Lisibles et ultra-dynamiques, les nombreux morceaux de bravoure de MAN OF STEEL sollicitent tous les sens du spectateur, à des années lumières des cinématiques désincarnées (et désormais lassantes) des productions Marvel. Bien que très critiqué pour ses destructions massives à répétition, le climax se montre exemplaire à tous les niveaux en combinant action et émotion, jusqu'à culminer dans un meurtre de sang-froid déchirant et culotté dans le contexte d'une telle production mais aussi totalement justifié (comment faire ressentir le profond dégoût de ce super-héros pour le meurtre sans qu'il s'y confronte lui-même ?). 
En plus de briller dans sa mise en image, Snyder continue également de démontrer ses aptitudes de directeur d'acteurs en obtenant de son casting des prestations impeccables. Si Henry Cavill et Amy Adams redonnent un nouveau souffle au couple Superman/Lois Lane malgré un montage qui, encore une fois, étouffe un peu leurs scènes communes, ce sont essentiellement Michael Shannon et Christopher Meloni qui se taillent la part du lion et marquent les esprits. Le premier balaie totalement le Zod mégalo et condescendant de Terence Stamp pour offrir une partition plus riche, incandescente, à vif (son "I WILL FIND HIM" vindicatif répété chaque fois plus fort au visage de la mère de Superman est mémorable). Le second, dans un rôle de militaire teigneux à priori générique, révèle un charisme en acier trempé encore trop peu exploité sur grand écran. Sa querelle avec la kryptonienne Faora est l'une des sous-intrigues les plus réussies de ce MAN OF STEEL.
MAN OF STEEL est bien plus qu'un film de super-héros lambda, un blockbuster de plus. Si Goyer et Nolan apparaissent comme des boulets aux pieds de Zack Snyder, ce dernier fait bien plus que de servir la soupe à un genre super-héroïque bientôt à saturation. Il fait son cinéma à lui et n'hésite pas à bousculer les codes du genre en risquant de se mettre les geeks et autres gardiens du temple à dos. C'est SON Superman et il nous en offre SA vision, pas (totalement) le produit d'une réunion marketing. L'effort est plus qu'à saluer. Il est à chérir.

Alan Wilson.

HOMMAGE A JAMES HORNER (1953/2015)



Non. James Horner, ce n'était pas seulement la bande originale de TITANIC avec ses trente millions d'exemplaires vendus à travers le monde et le hit (que je le veuille ou non) My Heart Will Go On chanté par Céline Dion. Le réduire à ce succès serait une grave erreur. Il y a une œuvre, avant et après TITANIC. Et elle est grandiose, tout simplement.  

Pour lui rendre hommage, j'ai décidé de revenir sur la carrière du compositeur, tragiquement disparu le 22 juin dernier dans un accident d'avion, au travers de dix morceaux qui me tiennent tout particulièrement à cœur. Pourquoi seulement dix et pas quinze, vingt ou plus ? Je l'ignore mais je suppose que si je venais à dépasser cette barrière totalement arbitraire, l'émotion m'empêcherais de m'arrêter et cet hommage n'en finirais plus. Je suppose qu'il faut parfois savoir lâcher prise et ne garder que ce que l'on considère être l'essentiel. Je suppose ...

Voilà. Je laisse les mots de côté et je vous laisse savourer la musique. 




 1. WOLFEN (1981) de Michael Wadleigh - Suite



   
2. STAR TREK III - THE SEARCH FOR SPOCK (1984) - Stealing the Enterprise



      
3. COCOON (1985) de Ron Howard - The Ascension





4. ALIENS (1986) de James Cameron - Bishop's Countdown




5. WILLOW (1988) de Ron Howard - Suite. 




6. GLORY (1989) d'Edward Zwyck - Charging Fort Wagner.




7. THUNDERHEART (1992) de Michael Apted - This land is not for sale/End Credits.



 8. SNEAKERS (1992) de Phil Alden Robinson - Too Many Secrets.




9. BRAVEHEART (1995) de Mel Gibson - The Battle of Stirling.




10. THE PERFECT STORM (2000) de Wolfgang Petersen - Coming Home From The Sea.



Alan Wilson

(je tiens à nouveau à féliciter Cédric Delelée pour son hommage au compositeur dans les pages du Mad Movies n°287 de juillet/Août 2015. Je n'aurais pas su trouver de meilleurs mots que lui. Pour rendre compte de mon émotion, je ne pouvais que laisser s'exprimer les notes du maestro)  

 

samedi 27 juin 2015

HOMMAGE A CHRISTOPHER LEE (1922-2015)



Je n'ai pas découvert le talent de Christopher Lee avec les classiques de la Hammer, ni même avec sa prestation en Scaramanga, le méchant en titre de L'HOMME AU PISTOLET D'OR. Non, la première fois que son imposante silhouette m'est apparue, c'est dans un rôle mineur mais néanmoins marquant. Dans le dyptique LES ANNEES LUMIERE/LES ANNEES TERRIBLES de la Révolution Française, une fresque réalisée par Robert Enrico et Richard T. Heffron, l'immense acteur interprète Charles-Henri Sanson, bourreau glacant se tenant raide comme un piquet à côté d'une guillotine dégoulinante de sang. Son temps de présence à l'écran ne doit guère dépasser les dix minutes et il n'a presque aucun dialogue. Mais sa présence a durablement marqué l'enfant que j'étais alors. J'avais la certitude absolue d'avoir contemplé la Mort en personne. Je n'en ai retiré aucun cauchemar, mais je n'ai pas pu effacer cette icône morbide de mon esprit non plus.
Par la suite, cinéphile désordonné que je suis, j'ai abordé la carrière de ce (très) grand monsieur dans le chaos le plus total. Une MALEDICTION DES PHARAONS (1959) par là, un CHIEN DES BASKERVILLE (1958) par ci, LE CORPS ET LE FOUET (1963), mon premier Bava (ça ne s'oublie pas !) et, point d'orgue de ces années de découverte, le génial THE WICKER MAN (1973) de Robin Hardy ! Et dans son director's cut, s'il-vous-plaît ! Lee y interprète Lord Summerisle, grand ordonnateur de rites païens sur une petite île du nord de l'Ecosse.
Puis vinrent Tim Burton, Peter Jackson et George Lucas. Motivés par la même nostalgie, les cinéastes remettent alors la légende en avant. Si Burton se contente de lui offrir des seconds rôles en forme de caméos (il est un juge menacant dans SLEEPY HOLLOW ou encore le père de Willy Wonka dans CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE), Lucas et Jackson lui offre chacun un rôle bien plus substantiel, respectivement dans les sagas STAR WARS et LE SEIGNEUR DES ANNEAUX. Si le Comte Doolu échange (élégamment) les canines du saigneur de Transylvannie contre un sabre laser, Saroumane le Blanc est un magnifique hommage au sorcier corrompu créé par J.R.R. Tolkien (que Lee connaissait personnellement) où l'acteur joue de sa voix grave et articulée comme jamais.
Je vais m'arrêter là et ne pas transformer ce billet en page wikipédia. Je vais rester dans le souvenir.
Salut l'Artiste.

Alan Wilson

JAMES BOND CONTRE LE DR NO (1962)

Titre original : Dr No.
Réalisateur : Terence Young.
Scénario : Richard Maibaum, Johanna Harwood, Berkely Mather, d'après le roman de Ian Fleming.
Directeur de la photographie : Ted Moore.
Musique : Monty Norman.
Avec Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, Bernard Lee, ...
Royaume-Uni - Couleurs - 109 minutes.



Dans le jardin du bien et du mâle.

Alors que les héros les plus populaires du 7ème Art ne cessent de renaître, témoignant de leur vitalité (financière autant qu'artistique) au travers d'innombrables séquelles, préquelles, reboots, remakes et autres, il est toujours sain d'effectuer un retour en arrière, de remonter à la source. C'est d'autant plus vrai dans le cas de James Bond 007, l'éternel espion au service secret de Sa Majesté. Loin de la sinistrose actuel, ce premier épisode humble, solaire et dynamique est un véritable bain de jouvence ainsi qu'une belle démonstration en subversion discrète.
Sous des atours de série B élégante et dynamique, ce DR NO ne s'embarasse guère de la chevalerie des héros d'antan. James Bond n'est pas un gentleman. C'est une brute. Sophistiquée, certes, mais une brute tout de même. Et un assassin de sang froid, prêt à mener sa mission sans se soucier de la morale ou de la galanterie. Si, pour éviter de s'alliéner le grand public, le personnage est nettement adouci dans son passage du livre à l'écran, il n'en représente pas moins une fracture brutale avec les héros propres sur eux d'alors. Il est ni un anti-héros de polar noir, ni un boyscout sans peur et sans reproches. Il boit et maltraite les femmes et ça ne lui pose aucun problème de conscience. Avec un personnage de la sorte, le casting est essentiel. Et Sean Connery fut la trouvaille idéale. Une pillule poilue mais incroyablement facile à avaler. L'acteur écossais, pas encore star, fait preuve d'un charisme, d'une autorité et d'une aisance indiscutable. Aussi crédible en tueur redoutable, qu'en séducteur irrésistible ou qu'en fonctionnaire zélé de Sa Majesté. Une sacré performance.
La mise en scène de Terence Young est tout aussi admirable. Avec une apparente simplicité, et la complicité de son monteur Peter R. Hunt (futur réalisateur du mal aimé mais pourtant génial AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE, seule aventure bondienne de George Lazenby), Young impose un style proche de la bande-dessinée filmée. Les cadrages iconiques et soignés se succèdent à une belle allure et les scènes d'actions sont soudaines et sèches. Les couleurs vives des costumes, des décors et des éclairages font baigner le film dans un sentiment de surréalisme pop agréable et, surtout, jamais ostentatoire. Une belle leçon d'équilibrisme et de formalisme.
Encore éloignée des gros budgets à venir, ce premier épisode évite d'en faire les caisses misant beaucoup sur une intrigue simple mais efficace. Terence Young ne charge pas la mule et fonce vers la ligne d'arrivée sans négliger de mettre en valeur son casting et ses décors naturels (la Jamaïque).  Revoir JAMES BOND CONTRE DR NO aujourd'hui, c'est un peu assister à la naissance du blockbuster moderne. Sans le cynisme et les caches-misères à cent million de dollars.

Alan Wilson.   

jeudi 11 juin 2015

RESIDENT EVIL (2002) / RESIDENT EVIL - APOCALYPSE (2004) / RESIDENT EVIL - EXTINCTION (2007) / RESIDENT EVIL - AFTERLIFE (2010) / RESIDENT EVIL - RETRIBUTION (2012)

Réalisateurs : Paul W.S. Anderson, Alexander Witt, Russell Mulcahy.
Scénarios : Paul W.S. Anderson, d'après RESIDENT EVIL, un jeu créé par Shinji Mikami et développé par Capcom.
Directeurs de la photographie : David Johnson, Derek Rodgers, Christian Sebaldt, Glen McPherson.
Musique : Marco Beltrami, Marilyn Manson, Jeff Danna, Charlie Clouser, Tomandandy.
Avec Milla Jovovich, Michelle Rodriguez, Oded Fehr, Ali Larter, Sienna Guillory, ...

Canada/Royaume-Uni/Allemagne/France/Etats-Unis - Couleurs -  100 minutes/94 minutes/94 minutes/97 minutes/96 minutes.  



Série Z.

Amusant tout de même de voir à quel point une franchise cinématographique peut se développer en dépit du bon sens, niant avec un aplomb consternant quasiment toutes les qualités du matériau dont il est issu. AInsi, RESIDENT EVIL, le jeu, et RESIDENT EVIL, les films sont impossibles à comparer. Leurs seuls points communs ? Des noms, des bouts d'histoire, quelques monstres. Et ça s'arrête là. De toute façon, ça n'est pas plus mal. On ne peut pas juger un film comme on juge un jeu vidéo.  
A la tête des cinq (et bientôt six) RESIDENT EVIL, un trio de créatifs. Le producteur Samuel Hadida, le scénariste (!) et réalisateur Paul W.S. Anderson et sa femme, l'actrice (!!) Milla Jovovich. Si le premier se contente de signer et d'encaisser les chèques (incroyable mais vrai, la franchise engrange des millions), les deux autres chapeautent avec une belle incompétence. Artisan consciencieux et généreux mais parasité par des réflexes de fanboys, Paul W.S. Anderson possède une filmographie qui oscille entre agréables distractions (SOLDIER, MORTAL KOMBAT) et nanars de compétition (les RESIDENT EVIL donc, mais aussi le premier ALIEN VS PREDATOR et ses TROIS MOUSQUETAIRES) avec, au milieu, une incartade réjouissante, le jouissivement déviant EVENT HORIZON. Quant à sa muse, Milla Jovovich, anciennement Leloo à la tignasse orangée qui pique les yeux et Jeanne d'Arc illuminée chez notre bon gros nounours national Luc Besson, elle explore l'étendue de son absence de talent en incarnant Alice, héroïne horripilante à la psycholoie alambiquée embarquée de films en films dans un monde pas vraiment merveilleux. 
Un temps promis à George A. Romero, le pape des morts-vivants, le premier volet de la saga RESIDENT EVIL échoue finalement entre les mains d'Anderson qui se charge éalement d'en écrire le scénario. Composant avec un budget plutôt maigre de 35 millions de dollars et l'obligation de livrer un produit tous publics (une hérésie pour un survival horror à base de mutants cannibales), le cinéaste parvient à faire illusion pendant environ quinze minutes. Juste le temps de décimer avec une certaine cruauté tout le personnel d'un gigantesque laboratoire souterrain contrôlé par une intelligence artificielle aux pulsions homicides et d'illustrer le réveil de son héroïne, nue et amnésique, au son du score angoissant de Marco Beltrami et Marilyn Manson. Puis, patatras, voilà que déboule le commando le plus débile et incompétent de l'histoire et c'est parti pour une bonne heure de film de couloir cheap, mal joué et laborieux dans son déroulement. Le tout servi par une interprétation unanimement calamiteuse. Reste le prologue, un sursaut inattendu annonçant une séquelle apocalyptique au détour d'un travelling arrière vertigineux révélant une cité en flammes, ravagées par des hordes de zombies. Maigre consolation.
Occupé à (mal) torcher ALIEN VS PREDATOR, Paul W.S. Anderson ne rempile pas à la réalisation de RESIDENT EVIL - APOCALYPSE dont il se contente d'écrire le scénario. A la barre, le débutant Alexander Witt, ancien réalisateur de seconde équipe ayant appris le métier dans l'ombre de Jan de Bont. Un cv de technicien bien fourni qui a convaincu la production de le laisser voler de ses propres ailes. Mal leur en a pris. Avec un budget sensiblement supérieur au premier volet, APOCALYPSE se paie des allures de série Z ridicule. Voire franchement drôle dans son incapacité à offrir ne serait-ce qu'une seule séquence correctement emballée. Et que dire du grand méchant du film, le "terrible" Nemesis. Croisement caoutchouteux et neuneu entre Casimir et un cénobite d'HELLRAISER sous stéroïdes, ses apparitions régulières, entre beuglements gutturaux et pyrotechnie destinée à noyer le poisson, provoquent une franche hilarité. Et comme si ça ne suffisait pas, le tout se termine par un épilogue singulièrement tartignole durant lequel notre Alice se découvre des super pouvoirs. La logique aurait voulu que l'on arrête là les frais. Mais non, les billets verts tombant encore plus nombreux, le couvert est remis pour un troisième volet.
Sous la houlette du vétéran Russell Mulcahy (RAZORBACK et HIGHLANDER, et ... oublions gentiment le reste), la qualité remonte d'un cran. Du Z on passe au B, et du film de zombie on dérive vers le post-apo à la sauce Mad Max dans le désert du Nevada. Le rythme est soutenu, la mise en scène est soignée et l'interprétation est enfin correcte. L'intrigue, moins éparpillée qu'auparavant, s'articule autour d'un laboratoire souterrain (encore !) tenu par un savant fou à la solde d'une corporation maléfique et des survivants de la surface, regroupés autour d'une Milla Jovovich qui se prend pour Mel Gibson. S'il ne transforme pas le plomb en or (le scénario, signé de vous savez qui, est tout aussi merdique qu'avant), Mulcahy emballe néanmoins un film plaisant à suivre. Presque inespéré au regard de ce qui a précèdé. En mettant son héroïne à la tête d'une armée de clones d'elle-même, le final ouvre d'ailleurs des perspectives excitantes pour la suite.       
La suite, elle se nomme AFTERLIFE et RETRIBUTIONS. Les deux bouses, tournées en 3D et en Imax (mais en fait, on s'en fout), voient le retour d'Anderson derrière la caméra. Incapable de construire une mythologie qui se tienne un tant soi peu debout (par exemple, la centaine de clones du troisième opus se limite bizarrement à une poignée durant l'ouverture du quatrième et les pouvoirs d'Alice disparaissent puis réapparaissent sans que cela se justifie réellement), le cinéaste accumule les effets de style ringards (bullet time façon Matrix du pauvre à tous les étages), le fan service idiot et les clins d'oeils stériles aux précédents volets avec force résurrection de protagonistes que l'on croyait envoyés ad patres. La mise en scène est horriblement télévisuelle (dans le meilleur cas), le scénario abscons et l'interprétation bat encore des records de nullité. Irregardable.
Un sixième et dernier (vraiment ?) volet est en cours de préparation. Sincèrement, je suis pas pressé. Fin de transmission.

Alan Wilson