Blog cinéma d'utilité publique

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Obligatoire de 7 à 77 ans

samedi 28 février 2015

LA PROMESSE D'UNE VIE / THE WATER DIVINER (2014) DE RUSSELL CROWE - LA CRITIQUE (EXPRESS)

Bon ben le pitch et le trailer nous auront bien vendu ce qui nous attendais :
C’est LEGENDS OF THE FALL meet GALLIPOLI, en moins définitif c’est certain, mais pour une première réalisation, Crowe affiche des ambitions et un cinéma aux valeurs proche de ce que Costner et Gibson nous avait offert par le passé.


Une fresque guerrière aussi humaniste que tragique, violente et passionnelle. Une aventure épique au souffle romanesque résolument old fashion (avec la forme qui va avec) un sublime classicisme formel presque expressionniste, photo Leanesque a tomber, scope immense, coucher de soleil et cadrage façon carte postal.
Crowe dans un rôle très touchant, subtil, où son charisme s’exprime à chaque tableau, propose même un regard nouveau sur un conflit souvent montré du même point de vue. THE WATER DIVINER est un peu à Gallipoli ce que LETTER FROM IWO-JIMA était à FLAGS OF OUR FATHERS, doublement historique donc. Mais la parenté avec le film de son compatriote Peter Weir ne s’arrête pas juste la, évidemment, car, ici, la narration est équilibrée avec en toile de fond une reconstitution factuelle réaliste, détaillée et précise. Mais vécue par de purs figures de littérature limite mythologique (la place que les lectures de papa Crowe lisait a ces fils dans le récit n’est pas anodine).
Les relations fraternelles et cette amour paternel, valeur familiale de soutien, font évidemment penser aux frères Ludlow de LEGENDS OF THE FALL, la dramaturgie et l'intensité des émotions renvoient au film de Zwick, partageant ainsi une certaine charte visuelle allant dans ce sens. Dommage, justement, que les somptueux flash-back sur leur enfance très Fordienne soit précipités, comme tout le métrage. 1h50, c’est trop étriqué pour une telle fresque.
Il manque pas mal de scènes qu’on aurait cruellement voulu voir, comme le départ des trois frères pour la guerre, plus de clarté et de liens entre les scènes de guerre et la pseudo-révélation finale qui d’ailleurs manque d’intensité. Et même si le script fait preuve de grande finesse pour ce qui est de traiter du choc des cultures et les dilemmes du conflit, c’est un peu plus maladroit pour ce qui est de l’évolution du deuil et du trauma de papa Crowe (très bon point tout de même, on évite la love-story surlignée et on a à la place un truc bien plus mature, même si c’est pas finaud).
L’acteur turque qui tient tête a Russell Crowe est vraiment classe, dans la veine du Saladin du KINGDOM OF HEAVEN de Sir Ridley Scott (on sent que Crowe est allé à bonne école). Bref, voilà un excellent revival d’un style de cinéma quasiment disparu. Espérons que le film gagne en renommée a l’international et pousse Russell à retourner derrière la camera au plus vite !

Pierre Laporte

mercredi 25 février 2015

BIRDMAN / BIRDMAN (OR THE UNEXPECTED VIRTUE OF IGNORANCE) (2014) DE ALEJANDRO GONZALEZ IÑARRITU - LA CRITIQUE (EXPRESS ET TRES ENERVEE !!!)

J'ai détesté BIRDMAN. Profondément. Voilà, c'est dit. Il fallait que ça sorte. Maintenant, je me sens mieux. Tous les éléments semblaient pourtant réunis pour que le film d'Iñarritu me plaise. Michael Keaton, acteur génial mais trop rare, en tête d'affiche, accompagné d'Edward Norton et Emma Stone. Un ton de comédie noire pour aborder le monde du spectacle et la mode des films de super-héros, le tout filmé en un seul plan-séquence "impossible". Virtuosité, anti-conformisme et humour satirique. Le pied quoi. En fait, non. C'est tout le contraire.

Bon, soyons justes. Un film qui reçoit autant de louanges, ce n'est souvent pas pour rien. Et l'on ne peut pas nier que BIRDMAN n'ait pas fait l'objet d'un soin maniaque. Oui, le casting est magnifique. Oui, la photo est très belle. Oui, enfin, le plan séquence (presque) unique, gageure technique du long-métrage, est une réussite indéniable. Mais qu'est-ce qui cloche alors ? C'est pas le contenant, c'est le contenu ma bonne dame ! Et il pue !
Le réalisateur nous a vendu une comédie noire. Désolé, on ne rigole jamais. Ni devant l'érection d'Edward Norton, ni devant la ballade en slip sur Times Square de Michael Keaton, toujours pas devant le mano à mano pathétique de ces deux derniers en coulisses (et en slip toujours, c'est une obsession). On s'attendait à ce qu'un regard intelligent soit porté sur le genre super-héroïque et le besoin de reconnaissance "artistique" de certaines stars dans l'impasse. On a droit à un discours pachydermique sur la névrose des acteurs (tous plus atteints du bulbe que dans l'intégralité de la filmo de Woody Allen, si ce n'est pire) et à des amalgames débiles où se retrouvent, mis dans le même sac à neuneu, les sagas cinématographiques TRANSFORMERS, SPIDER-MAN et X-MEN. Bref, les blockbusters, c'est caca et infantile, et l'Art, le Vrai, c'est adulte, torturé et prétentieux. Et je ne schématise même pas. On s'attendait aussi à ce que BIRDMAN nous raconte une histoire, parce que le cinéma, encore désolé Mr Iñarritu, mais c'est quand même ça. Encore loupé. L'intrigue enfile les clichés les plus insupportables (la star sur le retour, l'actrice qui veut enfin percer, la maitresse hystérique, l'acteur adepte de la Méthode et forcément ingérable, la fille de la star qui a une enfance malheureuse et qui se drogue, etc etc), les personnages éructent leurs pensées tout haut pendant deux heures et de nombreuses pistes narratives sont laissées en plan. Quid de la romance longuement amorcée entre Norton et Stone ? Et ce baiser lesbien torride entre Naomi Watts et Andrea Riseborough ? Et l'avocat joué par Zach Galifianakis, il sert à quoi en fait ? Du grand n'importe quoi qui ne débouche sur ... rien. 
Je vais m'arrêter là. La liste est longue. Il n'aura pas fallu plus de vingt minutes pour que BIRDMAN me grimpe sur les nerfs. Il faut dire que la musique, mélange improbable entre des pièces classiques mal mixées et de la percussion jazz improvisée, n'aide pas non plus. Un calvaire, ce film.

Alan Wilson


mardi 24 février 2015

SI TU TENDS L'OREILLE / MIMI WO SUMASEBA (1995) DE YOSHIFUMI KONDO - LA CRITIQUE (EXPRESS)

Je n'hésite pas à l'affirmer ici, SI TU TENDS L'OREILLE est l'une des chroniques adolescentes les plus émouvantes et ensorcelantes qu'il m'ait jamais été donné de voir. Une sorte d'équivalent animé et nippon d'un BREAKFAST CLUB ou d'un PRETTY IN PINK, partageant avec John Hughes son sens de la caractérisation et un ton très particulier, mélange de drolerie et de douce amertume. 

C'est le premier long-métrage des studios d'animation Ghibli à n'avoir été réalisé ni par Hayao Miyazaki, ni par Isao Takahata, et c'est aussi la première oeuvre de Yoshifumi Kondo, ancien animateur clé. Le personnage principal, Shizuku, est une jeune adolescente de 14/15 ans à la croisée des chemins. Elle partage son temps entre sa famille, sa meilleur amie Yuko et sa passion pour l'écriture et la lecture. Pourtant, elle ignore encore la voie à emprunter et ne se soucie guère de son avenir. Une rencontre avec un garçon, futur luthier, et son grand-père antiquaire, motivée par la curiosité et initiée par un drôle de chat débonnaire, va changer sa vie à jamais et l'aider à y voir clair.
De prime abord, le rythme nonchalant et la succession, presque anecdotique, de scènes de la vie quotidienne croquées avec une justesse et un sens du détail admirable, évoquent le Truffaut des débuts. L'animation, magnifique, travaille dur à créer une impression de fausse simplicité. Les personnages existent et s'imposent dans nos esprits et dans nos coeurs, sans même le besoin d'une intrigue. Mais il y en pourtant bien une, et ses contours se dessinent au fur et à mesure. En fait, elle était là dès le début, inscrite sur des cartes d'emprunts de la bibliothèque locale. Il fallait juste laisser le temps au metteur en scène de la faire émerger. Pour que Shizuku parvienne à mieux se connaître et à s'accomplir enfin, il lui manquait deux choses : un but et l'amour pour lui permettre de le mener à bien. 
SI TU TENDS L'OREILLE pose un regard tendre, espiègle et plein de fantaisie sur les promesses que l'adolescence peut faire naître. Des promesses qui ne se réaliseront qu'à force de travail et de sacrifices. C'est d'ailleurs sur une promesse, encore une, que ce film brillant se clôt. La promesse d'une carrière brillante pour Yoshifumi Kondo. Le destin en décidera autrement puisqu'il décédera le 21 janvier 1998 d'un anévrisme. Pour chaque sourire, il y a une larme.

Alan Wilson        

jeudi 19 février 2015

K-19, LE PIEGE DES PROFONDEURS / K-19 THE WIDOWMAKER (2002) DE KATHRYN BIGELOW - LA CRITIQUE (EXPRESS)

C'est la chronique d'un désastre annoncé. Un peu comme l'APOLLO 13 de Ron Howard, caution historique et décor claustrophobique à l'appui (un sous-marin nucléaire remplace une capsule spatiale) le drame en apnée de Kathryn BIgelow confronte des hommes courageux à toutes les calamités qu'une technologie faillible peut leur faire subir. Mais la comparaison s'arrête là. K-19 LE PIEGE DES PROFONDEURS (quel titre à la mord-moi le noeud !) est une tragédie pesante, une veillée funèbre de deux heures et des poussières, et rarement un hymne triomphant à l'héroïsme et à la débrouillardise.

Dès les premières minutes du film, en installant un climat politique chargé et tendu (la Guerre Froide et sa course à l'armement nucléaire), la réalisatrice filme l'équipage du sous-marin vedette comme des morts en sursis, sacrifiables à la gloire de la Mère Patrie. C'est ce qui différencie ce métrage en particulier de tous les autres films de sous-marins qui l'ont précédé (A LA POURSUITE D'OCTOBRE ROUGE, DAS BOOT ou encore USS ALABAMA, pour citer les plus prestigieux), un genre en soi avec ses codes à base de capitaines/vieux loups de mer, de matelots au regard effrayé et de batailles navales à l'aveugle. Ici, l'ennemi ne lance pas de torpilles mais des radiations. A défaut d'Américains à défier, les soviétiques du K-19 luttent contre un réacteur nucléaire défectueux, crevant à petit feux et vomissant tripes et boyaux, multipliant les réparations de bouts de ficelle pour ne pas que leur précieux sous-marin se transforme en bombe atomique capable de déclencher une Troisième Guerre Mondiale. 
Filmant à hauteur d'hommes un casting très juste dominé par un Harrison Ford impérial, sans esbrouffe, Kathryn BIgelow utilise son budget maousse essentiellement à des fins d'authenticité. Et c'est une réussite sans appel. La sensation de se retrouver enfermé dans un sous-marin massif, implacable cercueil de métal froid, est terrassante. Seul bémol, le score pompier de Klaus Badelt a une fâcheuse tendance à alourdir le propos, surlignant au marqueur gras des scènes qui n'en avaient pas nécessairement besoin. Un artifice hollywoodien dont ce film, humble et traversé par une belle âme slave, aurait pu se passer.

Alan Wilson      

UNDER THE SKIN (2014) DE JONATHAN GLAZER - LA CRITIQUE (EXPRESS)

Des extra-terrestres, le cinéma nous en a offert un nombre conséquent. De toutes les couleurs, de toutes les formes. Des prédateurs, des envahisseurs, des amis, des messies, des mercenaires, des cannibales, des drôles et des moins drôles. Toujours à travers un point de vue strictement humain. Eux vus par nous. Avec UNDER THE SKIN, (très) libre adaptation du roman surréaliste du même nom écrit par Michael Faber, le réalisateur Jonathan Glazer offre un changement de perspective qui a le mérite de l'originalité. Nous vus par eux

Ou plutôt elle. Scarlett Johansson, habitée et mise à nu (au propre comme au figuré) comme rarement, campe une croqueuse d'homme venue d'ailleurs, sillonnant les routes d'Ecosse à la recherche de proies potentielles. Sitôt le mâle pris dans ses filets, elle les "absorbe" (à défaut d'un meilleur terme) et n'en laisse presque rien. Un motard dont on ne saura jamais rien semble l'aider dans sa tâche. En terme d'histoire, c'est à peu près tout. Les dialogues se font rares. La musique, dissonante et un rien casse-burne, cultive l'étrangeté. Tout aussi éloignée des conventions, la narration cumule ellipses, ruptures de tons et non-dits. Inutile de se lancer dans l'analyse de ce que l'on voit à l'écran. La clé est dans le ressenti. Au spectateur de se laisser séduire (ou non) par l'ambiance proposée, alternance de naturalisme, d'abstraction et de formalisme exacerbé. C'est d'ailleurs là la limite du procédé. Puisque UNDER THE SKIN refuse avec obstination de raconter une histoire au sens classique du terme, il demande au spectateur une bonne dose de courage pour s'intéresser et s'impliquer au risque d'en laisser plus d'un sur le carreau. Personnellement, il m'aura fallu deux visionnages (et une bonne dose de café) et la sauce n'a jamais vraiment pris. Tout du long, Je suis resté sur le bas côté, admiratif de la texture cauchemardesque de l'objet ... entre deux baillements de circonstance. Que c'est joli, me dis-je. Avant de sombrer dans les bras de Morphée.

Alan Wilson     
 

mardi 17 février 2015

L'OMBRE ET LA PROIE / THE GHOST AND THE DARKNESS (1996) - LA CRITIQUE



Il était une fois ... le lieutenant-colonel John Henry Patterson. Un irlandais qui s'est fait un nom en Afrique en travaillant pour les anglais avant de devenir, au sortir de la Première Guerre Mondiale, un sionniste convaincu et de mourir en Californie à l'âge de 79 ans. Guerre, aventure, politique et controverse. De tels ingrédients seraient à même de justifier que la vie du bonhomme fasse l'objet d'un film. Le cinéma, néanmoins, ne semble avoir retenu de son existence que l'épisode le plus "exotique", le plus spectaculaire. 
En 1898, les britanniques confièrent à Patterson la mission de mener à bien la construction d'un pont de chemin de fer enjambant la rivière Tsavo au Kenya. Manque de bol, neuf mois durant, deux lions, deux mâles solitaires, attaquèrent et dévorèrent de nombreux ouvriers mais aussi des villageois des environs. On parle de 135 victimes, un chiffre invérifiable mais pas démenti pour autant. Un effroyable carnage. Non sans mal, Patterson réussit finalement à tuer les bêtes, courant décembre 1898. Un livre publié en 1907 et écrit par Patterson lui-même, THE MAN-EATERS OF TSAVO, raconte les évènements en détail. Quant aux deux prédateurs, ils sont visibles depuis 1924 au Chicago Field Museum, empaillés, morts, mais toujours intimidants. L'histoire, il faut bien le reconnaître, est assez incroyable. L'Afrique, sauvage, indomptable, donnant des sueurs froides au colonialisme triomphant. A moins que ce ne soit le contraire. 


Le cinéma ne tarde évidemment pas à s'emparer du récit de l'odyssée meurtrières des deux félins. En 1952 d'abord, avec BWANA DEVIL d'Arch Oboler, avec Robert Stack et en 3D s'il vous plaît. Puis en 1959, avec KILLERS OF KILIMANJARO, réalisé par Richard Thorpe et avec Robert Taylor. Ces deux films ne font que s'inspirer de l'histoire d'origine, brodant autour de personnages fictifs. Il faut donc attendre 1996 et la sortie de THE GHOST AND THE DARKNESS pour qu'un semblant de vérité historique refasse surface. Grâce en soit rendu au scénariste William Goldman (BUTCH CASSIDY & THE SUNDANCE KID, ALL THE PRESIDENT'S MEN, MARATHON MAN ou encore PRINCESS BRIDE, bref un cador de la plume) qui est l'initiateur du projet. Il vend son scénario, qui se veut un croisement entre LAWRENCE OF ARABIA et JAWS, à la Paramount en 1990. Plusieurs acteurs sont envisagés pour le rôle de Patterson, dont Kevin Costner et Tom Cruise. C'est finalement Val KIlmer qui emporte le morceau. A personnage ambigu, acteur ambigu. Réputé difficile, ingérable, Val KIlmer, l'éternel JIm Morrison des DOORS d'Oliver Stone, est pourtant le choix idéal. Dan un rôle assez proche de l'enquêteur tenace du THUNDERHEART de Michael Apted, il fait merveille. Son visage, à la fois poupin et prédateur, arrogant et séduisant, apporte à Patterson une complexité qui l'éloigne des figures héroïque trop lisse. Mais Val KIlmer n'est pas seul en haut de l'affiche. Pour jouer le rôle - totalement fictif - du chasseur Charles Remington (un nom qui annonce la couleur !), c'est Michael Douglas, également producteur, qui est tout (auto) désigné. Et là, mesdames messieurs, il y a comme un hic.
C'est un fait, MIchael Douglas excelle à jouer les anti-héros, ces salopards tellement virils et charismatiques que l'on ne peut s'empêcher de les aimer. Le personnage de Remington, démarquage évident et assumé du Quint jadis campé avec aplomb par Robert Shaw dans JAWS, se voudrait tout aussi mémorable. Ce n'est malheureusement pas le cas. Michael Douglas, sans doute grisé par son égo, en fait trop, beaucoup trop, déséquilibrant dangereusement le récit, forcant le film à ralentir pour se recentrer sur un personnage pourtant secondaire dont le seul attrait - son aura de mystère - se retrouve gâché par des monologues explicatifs sans intérêts (la scène du feu de camp, embarassante à souhait). La grande chasse au lion vire alors pendant un temps au buddy-movie maladroit. Désolé, Michael. C'est pas ton histoire, c'est celle de Val.
Heureusement, il ne s'agit là que d'une portion de métrage. Et quel métrage ! On ne chantera jamais assez les louanges de Stephen Hopkins, artisan talentueux et polyvalent, responsable de ces pépites que sont FREDDY 5, PREDATOR 2, JUDGMENT NIGHT ou encore BLOWN AWAY. Un maestro de la série B haut de gamme. THE GHOST AND THE DARKNESS lui offre l'occasion de verser avec goût dans l'aventure old school. La première demi-heure est à ce titre remarquable. Hopkins choisit très judicieusement d'épouser le point de vue humble et ébahi de Patterson et de nous faire découvrir l'Afrique et son irrésistible pouvoir de fascination en une succession de scènes marquantes, transcendées par le score formidable de Jerry Goldsmith. Et, lorsque surviennent les premières attaques de lion, le cinéaste continue de marquer des points en optant pour un découpage agressif et viscéral, suggestif à souhait, prenant soin de ne pas trop révéler ses prédateurs. Avec pour résultat un maximum d'efficacité. JAWS est, là encore, une influence évidente. Mais jamais écrasante.
En dépit d'un acte central un peu faiblard pour les raisons évoquées un peu plus haut, THE GHOST AND THE DARKNESS est un excellent long-métrage, malheureusement un peu oublié aujourd'hui malgré le fait qu'il soit tout de même lauréat d'un oscar (meilleur montage son - c'est pas Byzance certes mais ça vaut mieux qu'un coup de pied au cul). Si vous arrivez encore à trouver le dvd, donnez-lui sa chance. Vous me remercierez. 

Alan Wilson    

Les vrais lions et mangeurs d'hommes de Tsavo. Et ils n'avaient pas de crinières !


         

lundi 9 février 2015

UNE GRANDE ANNEE / A GOOD YEAR (2006) DE RIDLEY SCOTT - LA CRITIQUE



Outre la satisfaction outrancièrement égoïste de pouvoir aborder en toute liberté des sujets qui vous tiennent à coeur, tenir un blog permet, pour peu que l'on soit lu par au moins 3 personnes (et les parents, ça ne compte pas), de faire entendre un avis contraire, une voix dissonante. Prenez A GOOD YEAR par exemple, la comédie romantique de Sir Ridley Scott avec Russell Crowe et Marion Cotillard. Mal vendu et maltraité par la majorité de la critique, le film s'est royalement planté au box-office et a été jeté aux oubliettes de l'histoire du 7ème Art manu militari. Un sort injuste. Une sentence bête et méchante. Me voici donc, tout fier avec ma belle cape (orange, j'aime bien cette couleur) de super bloggeur, prêt à réhabiliter ce magnifique petit bout de film, un vrai "feel-good" movie dans les règles de l'art.
Si Ridley scott décide de se lancer dans le projet d'une comédie romantique située en Provence, c'est qu'il a deux désirs bien particuliers qu'il tient à combler. D'abord, le cinéaste, comme bon nombre d'anglais, possède une maison en France et, plus précisément, dans le Lubéron, en Provence. Souvent contraint de parcourir le globe pour tourner ses immenses productions, Ridley Scott caresse de plus en plus l'idée de pouvoir tourner un petit film à "huit minutes de chez [lui]". Ensuite, parce qu'il n'est pas du genre à se reposer sur ses lauriers, le réalisateur britannique se verrait bien aux manettes d'une pure comédie, un genre qu'il n'a jamais abordé et qui semble bien loin de son registre habituel, plus sombre et violent que léger et sucré. Mais pour que puisse se concrétiser le projet rêvé, il manque tout de même l'essentiel : une histoire. L'homme providentiel se nomme Peter Mayle, auteur du best-seller A YEAR IN PROVENCE et ... voisin de Ridley Scott. Britannique lui aussi, Peter Mayle est un auteur à la carrière atypique. Stagiaire chez le pétrolier Shell, puis publicitaire, il s'est reconverti en écrivain vers la fin des années 70. Il a d'abord écrit des livres éducatifs sur la sexualité à destination des jeunes (si si !). Puis il a quitté le ciel chargé de l'Angleterre pour le soleil de la Provence. Et là, inspiré par le choc des cultures que sa famille et lui-même ont vécu, il y a trouvé le sujet de ce qui deviendra son grand oeuvre, A YEAR IN PROVENCE donc, une autobiographie pittoresque et innofensive éditée en 1989. C'est ce ton que Ridley Scott souhaite imprimer à son futur film. Mais plutôt que d'écrire un scénario, ce qu'il refuse, Peter Mayle préfère s'atteler à un roman dont il propose de céder les droits à l'avance, laissant Scott et son scénariste Mark Klein l'adapter à leur guise. A GOOD YEAR est né. Le roman est édité en 2004 et le film lui emboîte le pas deux ans plus tard.

Des différences notables entre le roman et son adaptation pour le grand écran sont à signaler. La première et la plus importante concerne Max Skinner, le protagoniste principal. Le personnage incarné au cinéma par Russell Crowe, charismatique, séducteur, arrogant, est un Gordon Gekko british en puissance, un salopard qui malgré ses pirouettes à la limite de la légalité sait qu'il a un avenir brillant dans le monde de la finance. Ce qui est loin d'être le cas de son équivalent sur papier, ruiné et en disgrâce dès le début, sans autre choix que de partir vivre dans le domaine viticole du Lubéron laissé en héritage par feu son oncle Henry. Il y a également l'intrigue, qui diffère sensiblement entre le roman et le film. Dans le roman, Max tombe sous le charme de deux femmes, la notaire Auzet (jouée dans le film par Valéria Bruni-Tedeschi) et Fanny (Marion Cotillard) là où le film se concentre sur la romance avec cette dernière. Dans le roman, le Coin Perdu, la récolte presque clandestine et prestigieuse du domaine est au centre de l'histoire, source de multiples rebondissements, là où le film la simplifie considérablement, s'en servant comme d'une métaphore qui illustre les trésors cachés d'une existence simple et saine. 

Déjouer les attentes et s'épanouir dans le contre-emploi, voilà sans doute la marque des plus grands artistes. A GOOD YEAR n'a ni les ambitions, ni le ton d'un BLADE RUNNER, d'un ALIEN ou d'un GLADIATOR. C'est un film purement récréatif, une bluette joilment naïve, une comédie romantique qui ne cherche même pas à rivaliser avec les classiques du genre. Ce qui ne veut pas dire que Ridley Scott traite son film par dessus la jambe, avec dédain. Non seulement la forme est toujours aussi remarquable et chatoyante, mettant en valeur des paysages naturels rarement exploités au cinéma (ce qui est un crime). Mais c'est surtout le rythme, l'élément essentiel dans une comédie, qui est ici épatant. La première moitié va crescendo, tempo endiablé hérité de la vie trépidante de trader de la city du héros. Le point culminant est atteint lors d'une scène tout bonnement incroyable où Russell Crowe et Didier Bourdon (drôle et toujours juste) s'affrontent sur un cour de tennis, scène d'action improbable mais savoureuse au son du Jump Into The Fire de Harry NIlsson. La seconde moitié se détend progressivement, alors que le héros s'adapte et prend goût à sa nouvelle vie. L'amour vrai prend le pas sur le rire facile et l'ironie. Le propos du film tout entier tient dans ce glissement rythmique. La superficialité doit laisser sa place à l'émotion. Cette leçon de vie, toute bête mais finalement essentielle, le cinéaste nous l'offre sans nous l'enfoncer dans le crâne, avec un sourire complice, un verre de vin à la main,un cigare au coin des lèvres. Comment ne pas voir dans le personnage du vieil oncle Henry interprété par Albert Finney un portrait du cinéaste lui-même. 

Oui, pas de doutes possible, A GOOD YEAR est bien un film de Ridley Scott mais un film lumineux. La déclaration d'amour d'un anglais au bon vivre du sud de la France. Certains n'y verront qu'une carte postale prévisible. Tant pis pour eux. Qu'ils laissent à ceux qui ont un coeur le bénéfice de jouir d'un film sincère.

Alan Wilson    


Le roman de Peter Mayle