Blog cinéma d'utilité publique

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Obligatoire de 7 à 77 ans

vendredi 15 mai 2015

AVENGERS - L'ERE D'ULTRON (2015)

Titre original : Avengers - Age of Ultron.
Réalisateur : Joss Whedon.
Scénariste : Joss Whedon, d'après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby.
Directeur de la photographie : Ben Davis.
Musique : Brian Tyler, Danny Elfman.
Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, James Spader, ...
Etats-Unis - Couleurs - 141 minutes.



"Il est où le réalisateur ?"
Matière grasse.

Il ne faut pas se fier au carton mondial du nouveau "film" des studios Marvel. Rarement une telle montagne de dollars aura eu autant de mal à dissimuler un échec de cet ampleur. AVENGERS - L'ERE D'ULTRON fait plus que toucher du doigt les limites de la formule Marvel. Il grille en fait tous les feux rouges. AVENGERS - L'ERE D'ULTRON est bien un échec, oui. Un échec artistique qui risque de mettre en danger, non pas le septième Art comme on a pu le lire un peu partout, mais bien les studios Marvel s'il n'y prenne pas garde.
Evacuons d'emblée les banalités. Non, le film de Joss Whedon n'est pas une bouse honteuse, un nanar sans nom. Il y a de l'action (beaucoup), de l'humour (trop), des effets spéciaux en pagaille, un casting maousse qui fait bien le boulot et on ne s'ennuie pas trop. C'est un peu comme se goinfrer un Big Mac. C'est pas de la grande cuisine, mais ça remplit gentiment la panse. Le problème, c'est que l'on se demande s'il s'agit bien d'un film de Joss Whedon. Le cinéaste/über-geek avait de folles ambitions pour cette suite, ainsi que des références excitantes (LE PARRAIN II, L'EMPIRE-CONTRE-ATTAQUE). Le groupe devait se déchirer sous la pression de conflits internes insolubles. Le méchant Ultron serait d'un tout autre niveau que Loki. La lutte fratricide et destructrice entre Hulk et Iron Man serait tout autant un pur morceau de bravoure que le pic dramatique et émotionnel du film. Bref, on allait voir ce qu'on allait voir. Vu le sacré miracle que représentait AVENGERS (rendre cohérent et plaisant un crossover à priori impossible entre différentes franchises super-héroïques), on était prêt à croire que Whedon tiendrait ses promesses. On se disait, surtout, que Whedon aurait les coudées franches pour réaliser le film qu'il voudrait. On avait tort. 
"L'affaire" Edgar Wright, démissionnaire d'ANT-MAN suite à des différents artistiques aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Kevin Feige, grand gourou des productions Marvel, a beau claironner à longueur d'interviews que chaque nouveau film est une prise de risque, une audace, il ment comme un arracheur de dents. Tout est calculé, planifié, maîtrisé. Et malheur à celui qui osera sortir des clous. Quelle que soit le plaisir que l'on peut y prendre (ou pas), IRON MAN 3, THOR LE MONDE DES TENEBRES et même LES GARDIENS DE LA GALAXIE et CAPTAIN AMERICA - LE SOLDAT DE L'HIVER ne sont rien d'autres que des clones d'AVENGERS premier du nom. Même cool attitude, même profusion de personnages en forme de clin d'oeil (on appelle ça du fan service et c'est de plus en plus gonflant), même goût pour la destruction massive en numérique et les menaces venues du ciel. C'est TOUJOURS le même film et AVENGERS - L'ERE D'ULTRON pousse cette fois-ci le bouchon trop loin. Clairement, le film souffre de sa boulimie. Au milieu de ce spectacle permanent et parfois épuisnat, les éléments qui tenaient le plus à coeur à Whedon (les jumeaux Maximoff, le psychopathe Ultron, les luttes internes) peinent à exister. Le cinéaste et scénariste a une voix et un style bien à lui. Qu'il est triste de le voir jouer le fonctionnaire aphone, le mercenaire servile. Lors d'un épilogue convenu, on peut voir un Tony Stark bizarrement inexpressif quitter l'équipe des Avengers. Joss Whedon en a fait autant. Il laisse le fardeau à d'autres (les frères Russo) et s'en va, exsangue. 
Ainsi, Marvel, incapable de se renouveler, pris au piège de sa propre formule, a préféré faire fuir l'un de ses cerveaux ou, du moins, l'un des artisans de son succès d'aujourd'hui. Les ennuis ne vont donc pas tarder et, au premier bide (car ça leur pend au nez), Kevin Feige et Disney s'en mordront les doigts. Je connais des grenouilles qui ont éclaté pour moins que ça. 

Alan Wilson.       


lundi 11 mai 2015

NIXON (1995)

Réalisation : Oliver Stone.
Scénario : Stephen J. Rivele, Christopher Wilkinson, Oliver Stone.
Directeur de la photographie : Robert Richardson.
Musique : John Williams.
Avec Anthony Hopkins, Joan Allen, Paul Sorvino, Bob Hoskins, Powers Boothe, James Woods, Ed Harris, ...
Etats-Unis - Couleurs - 192 minutes (director's cut : 212 minutes).

Dans la peau de Richard Nixon.





C'est bien connu, le réalisateur et scénariste Oliver Stone éprouve une fascination sans bornes pour les figures controversées et la polémique (j'étais sur le point de vous donner des exemples mais non, j'ai plus envie, vous connaissez la filmo du bonhomme ... sinon, il reste wikipédia). En réalisant NIXON, biopic, donc, de Richard Nixon (j'étais sur le point de vous faire la bio du bonhomme mais bon ... wikipédia again), il prouve également qu'il n'est pas rancunier. 
Car le président Nixon (ici joué par Anthony Hopkins, mi-ogre, mi-Caliméro), comme son prédécesseur, le texan Lyndon B. Johnson, a envoyé des jeunes américains se faire trucider par milliers dans le bourbier vietnamien, parmi lesquels, justement, Oliver Stone. Le cinéaste avait beau être volontaire, il n'a pas oublié l'horreur et l'absurdité de ce conflit. Un conflit, d'ailleurs, que Nixon n'avait pas hésité à intensifier brutalement avec sa théorie du "fou". Témoin direct des conséquences sanglantes de l'inflexibilité de Nixon, Oliver Stone aurait eu tous les droits de le haïr. Non, au lieu de ca, il préfère disséquer le mythe, entrer dans la tête de Richard Nixon pour mieux le comprendre et, peut-être - qui sait ? - le réhabiliter. 
Passé un prologue exposant les prémices du scandale du Watergate (wikipédia, mesdames et messieurs, vous tend les bras), le métrage enchaîne directement sur un président Nixon aux abois, de plus en plus seul, et bientôt contraint de démissionner, renonçant ainsi à contre-cœur à un pouvoir qu'il a tant désiré et qu'il a conquis en hypothéquant son âme et son équilibre mental. Il fait nuit, un orage gronde et la Maison Blanche est semblable à un manoir hanté. Partant de cette sublime et lugubre entrée en matière, Stone lance la machine à flash-backs, laissant son montage dériver au fil des souvenirs. Jeunesse difficile et tragique, campagnes politiques pleines de désillusions, rencontres déterminantes. Tout y passe, avec un sens du détail incroyable. Mais NIXON ne se résume pas à une stérile leçon d'histoire. 
Le cœur du film est ailleurs. Dans la schizophrénie de Nixon, un homme double. Stone explore cette facette en jouant sur deux couples. Le couple entre Nixon et sa femme, Pat (Joan Allen, dans son plus beau rôle) d'un côté. Un amour véritable, profond, chaleureux, unit ces deux âmes. Mais il y a aussi le couple Nixon/Hoover (Bob Hoskins, diaboliquement taillé pour interpréter le tant redouté créateur du FBI) , nettement plus intrigant, faustien même. Une scène, exclusive à la version longue, renforce la relation sulfureuse entre ces deux hommes de pouvoir puisque Stone n'hésite pas à faire de Hoover celui qui suggère à Nixon d'enregistrer toutes ses conversations dans le Bureau Ovale. Ce sont ces enregistrements en question qui conduiront, entre autre, à la chute du président. Vous avez dit ambigu ?
Figurant parmi les échecs publics et critiques d'Oliver Stone, NIXON a beaucoup souffert de la comparaison avec JFK, certains pointant du doigt une narration moins fluide (comprendre elliptique et non-linéaire) ou encore le manque de sympathie des personnages (forcément, entre ceux, dans JFK, qui cherche à déterrer la vérité et ceux, dans NIXON, qui cherche à la dissimuler, il y a un sacré fossé). Si l'Histoire oblige les deux films à se recouper, ils n'ont pourtant que peu de points communs. JFK est un thriller juridique, NIXON est un biopic quasi-shakespearien. W., autre biopic sur un drôle de président, serait une comparaison plus judicieuse. Il faut donc revoir NIXON, avec un regard neuf. C'est du grand, du très grand cinéma. 
 
Alan Wilson.

mercredi 22 avril 2015

CAPITAINES D'AVRIL (2000)

Titre original : Capitães de Abril.
Réalisation : Maria de Medeiros.
Scénario : Maria de Medeiros, Eve Deboise.
Directeur de la photographie : Michel Abramowicz.
Musique : Antonio Victorio d'Almeida.
Avec Stefano Accorsi, Maria de Medeiros, Joaquim de Almeida, ...
Portugal / Italie / Espagne / France - Couleurs - 123 minutes.

Des héros si discrets.


Que l'on ne si trompe pas, CAPITAINES D'AVRIL a beau être une coproduction européenne, c'est un film à 100% portugais. De par son sujet bien sûr (la Révolution des Oeillets des 24 et 25 avril 1974 qui renversa la dictature héritée de Salazar) mais aussi, et surtout, par le ton adopté. C'est là un cinéma suffisamment rare (et donc précieux) pour mériter que l'on s'attarde sur le long-métrage de l'actrice-réalisatrice Maria de Medeiros, inoubliable compagne au grand regard d'enfant innocente de Bruce Willis dans PULP FICTION, quel que soit ses défauts. Et il y en a. Malheureusement.
Pour raconter cette drôle de révolution pacifiste menée par des militaires, Maria de Medeiros a choisi de faire se dérouler en parallèle trois récits. Il y a la quête desespéré d'Antonia (Maria de Medeiros) pour faire libérer un étudiant accusé de terrorisme et torturé par la PIDE (l'équivalent portugais de la Stasi Est-Allemande), la prise de contrôle d'une station de radio de LIsbonne par Manuel, le mari d'Antonia et ancien militaire hanté par ses actes dans les colonies africaines, et, enfin, l'insurrection militaire mené par l'idéaliste capitaine Salgueiro Mala (un authentique héros local, joué par l'italien Stefano Accorsi). Disons-le tout de suite, les scènes qui concernent Maria de Medeiros actrice sont hautement dispensables. Très maladroite et sans intérêt réel, si ce n'est pour une révélation tardive assez artificielle, cette intrigue ralentit la narration et alourdit souvent le propos. Fort heureusement, elle n'occupe que la portion congrue du métrage. Et la réalisatrice de se distinguer en posant sur l'Histoire récente de son pays un regard doux-amer où l'héroÏsme et l'idéalisme cède vite la place à la désillusion et à la résignation. Une révolution, nous dit-elle, est éphémère. Et les héros aussi. Lors d'une scène proprement stupéfiante, le capitaine Mala et Manuel, tente de traverser en voiture la foule qui se masse autour d'une caserne où étaient détenus les prisonniers politiques. En raison de leur uniforme, les deux héros sont pris pour des agents de la PIDE et violemment pris à parti. Sur la plage arrière, la fille de Manuel observe, effrayée, des poings avides de vengeance s'abattre sur la carosserie et les vitres du véhicule. Ils ne devront leur salut qu'à un vieil homme qui les a reconnus. La colère, instantanément, cède la place aux applaudissements. Il en faut peu, si peu, pour que le vent tourne. Cette scène résonne comme un écho de bien d'autres scènes antérieures. Des retrouvailles chaleureuses dans un bar mais qui finissent en bagarre. La tension d'une irruption armée dans une station de radio qui se transforme en grande fête collégiale. Ou encore ce très beau moment, totalement vrai, où le capitaine Mala, encore lui, s'avance drapeau blanc à la main vers les troupes gouvernementales, certain de se faire tirer dessus, mais voit, au dernier moment, les soldats du camp adverse refuser d'ouvrir le feu et le rejoindre lui et ses régiments d'insurgés. C'est là le regard d'une femme, souvent amusée et attendrie, jamais naïve, sur ces hommes, un peu pied nickelés et héros d'un jour.
Propre sur elle et très professionnelle, la mise en scène ne s'élève néanmoins jamais plus haut que celle d'un honnête téléfilm de luxe. Le souffle nécessaire à un tel sujet manque donc un peu à l'appel. Un peu gênant mais l'intérêt de CAPITAINES D'AVRIL est ailleurs. Le film de Maria de Medeiros aborde un sujet méconnu mais fascinant, se montre très à l'aise dans des scènes intimistes à la portée aussi humaniste que politique et nous fait espérer que d'autres réalisateurs et réalisatrices s'intéressent encore à l'avenir à l'histoire du Portugal. Elle mérite d'être racontée.

Alan Wilson  
   



  


dimanche 19 avril 2015

HEADHUNTERS (2011)

Titre original : Hodejegerne.
Réalisation : Morten Tyldum.
Scénario : Lars Gudmestad, Ulf Ryberg, d'après le roman de Jo Nesbo.
Directeur de la photographie : John Andreas Andersen.
Musique : Trond Bjerknes, Jeppe Kaas.
Avec Aksel Hennie, Nikolaj Coster-Waldau, Synnove Macody Lund, ...
Norvège/Suède - Couleurs - 100 minutes.

Instant norvégien.


Roger Brown (Aksel Hennie). Il ne sait pas encore ce qui l'attend.
Roger Brown (Aksel Hennie, parfait de bout en bout) est chasseur de têtes pour de grands groupes industriels. Il est bien payé, mais ça ne lui suffit pas pour mener le train de vie dispendieux qui est le sien. Roger a une femme qu'il aime (même s'il lui est infidèle), grande, belle, blonde, intelligente et il entend la couvrir de cadeaux comme une princesse. Plutôt que de lui faire un enfant, ce qui est à peu près tout ce qu'elle réclame. Alors, il fait aussi dans le vol et le recel d'oeuvres d'art. Il connaît les règles et espère toucher le gros lot un jour où l'autre, LE tableau qui le mettra à l'abri du besoin et lui permettra de raccrocher avant de se faire épingler par la police. Roger est froid, cynique, calculateur, menteur. Bref, c'est un mec détestable. Thomas Crown, mais sans le charme de Steve McQueen ou de Pierce Brosnan. En une scène, sa vie toute entière va basculer, irrémédiablement. L'occasion pour le metteur en scène, Morten Tyldum, de nous prouver qu'il a mieux à faire que de signer un énième thriller à tiroirs digne du premier petit malin venu.
Après avoir fignolé son plan dans les moindres détails, Roger s'introduit enfin dans la demeure, vide, de Clas Greve (Nikolaj Coster-Waldau, redoutable), un ami de sa femme à qui il fait miroiter un poste de PDG dans une entreprise d"électronique. Ce qui intéresse vraiment Roger, c'est le tableau que Clas garde chez lui, une oeuvre rare qui pourrait lui rapporter des millions. Au bout de quelques minutes, Roger trouve le tableau, le remplace par une copie et s'apprête à quitter les lieux, satisfait. Désobéissant à ses propres principes de rapidité et de discrétion, Il prend néanmoins le temps d'observer des enfants qui jouent dans la rue. Une vision si attendrissante que, pour la première fois, notre anti-héros semble fendre l'armure. Plus tôt, il avait tourné en dérision, une fois de plus, les envies de maternité de sa compagne. Là, il comprend enfin. Son visage n'affiche plus cet air irritant de faux-cul suffisant mais de VRAIES émotions. Il sort donc son téléphone portable et appelle sa femme pour lui dire qu'il est prêt à fonder une famille avec elle, à l'aimer autrement qu'en lui achetant des babioles hors de prix mais sans aucune signification. Mais, à chaque tonalité, une sonnerie de téléphone, toute proche, se fait entendre. Roger comprend très vite que le téléphone portable de sa femme se trouve ici, avec lui, dans la maison de l'homme qu'il est en train de voler. Il fouille et finit par le trouver au pied du lit. Un lit défait. Le lit dans lequel sa femme l'a trompé. Roger est donc cocu. Blessé dans son égo et dans ses sentiments, il n'est plus maître de la situation. Cette humiliation n'est que le début d'un chemin de croix drôle, cruelle, sanglant, douloureux.
En privilégiant la mise en place d'un état émotionnel plutôt qu'un alignement virtuose d'indices en tous genres, HEADHUNTERS se distingue du tout venant. Aussi bien ficelés soient-ils, les rebondissements qui suivront ne servent pas seulement à épater la galerie, à surprendre. Plus qu'à un thriller, c'est même à un conte moral que l'on a droit. Comme dans THE GAME de David Fincher (un cinéaste avec lequel Morten Tyldum partage notamment son goût pour l'élégance formelle), chaque épreuve que traverse le personnage principal lui enseigne un peu plus l'humilité et la dureté d'une vie sans argent, sans confort et sans protection. Roger Brown sera souillé, battu, dépouillé de son identité. Il mourra, avant de renaître, le crâne rasé, le corps couverts de cicatrices, tel un pénitent. Mais je n'en dirai pas plus, de peur de ne trop en révéler pour les chanceux qui n'auraient pas encore vu le film. 
HEADHUNTERS est un vrai bijou de mise en scène, maîtrisé mais jamais vaniteux, un vrai film noir mais qui ne manque pas d'humour ... à froid. Depuis, Morten Tyldum a signé THE IMITATION GAME, un autre tour de force sur lequel je reviendrai bientôt. Promis.

Alan Wilson

samedi 18 avril 2015

LA FRENCH (2014)

Réalisation : Cédric Jimenez.
Scénario : Audrey Diwan et Cédric JImenez.
DIrecteur de la photographie : Laurent Tangy.
Musique : Guillaume Roussel.
Avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, ...
France - Couleurs - 135 minutes.

Traffic d'influences.



On ne peut pas le nier, les ambitions de LA FRENCH sont parfaitement nobles. Redonner vie au cinéma populaire français des 60's et des 70's, signer une grande fresque policière, s'attaquer à un sujet complexe et foisonnant et, enfin, exploiter la cinégénie indéniable de Marseille. Encore faut-il avoir un minimum de talent pour mener ces ambitions à bien. Manifestement, Cédric Jimenez n'était pas à la hauteur de la situation.
Le problème du cinéaste, ce sont ses influences, écrasantes, et son incapacité à les digérer pour produire quelquechose de cohérent. Un fanboy, peut importe ses goûts, ne fait pas forcément un bon cinéaste. Dont acte.
Michael Mann, William Friedkin, Michael Cimino, Sidney Lumet, Ridley Scott, Brian de Palma. Voici la liste (non exhaustive) des cadors du 7ème Art que Cédric JImenez cite et rêve d'égaler avec LA FRENCH. Puisqu'il est un cinéate français et qu'il est visiblement amoureux de bon cinoche populaire, on aurait aussi bien aimé qu'il pense à Verneuil, Lautner, Tavernier et Boisset mais bon, passons. Jimenez n'a ni une voix ni un style qui lui soit propre ou qui tienne un minimum la route. LA FRENCH se contente d'imiter. Maladroitement. Un vieux logo Gaumont des années 70 pour faire "comme si". Le grain de l'image est retravaillé numériquement, pour faire "comme si". Et la caméra, c'est à l'épaule. Tout le temps. Et c'est mal cadré, tout le temps. Les rares plans larges privilégient ainsi un mouvement rapide et heurté. Pour planter un décor, c'est pas ce qu'il y a de plus efficace. Et ce ne sont pas deux ou trois plans brefs sur la Bonne Mère, le quartier du Panier ou le Vieux Port qui trompent qui que ce soit. LA FRENCH aurait pu être tourné en Normandie, ça n'aurait pas changé grand chose. Aux chiottes donc, l'ampleur qu'un tel sujet réclamait. La temporalité et le rythme subissent la même gestion hasardeuse. L'histoire est censée se dérouler sur une période de plus de six ans mais, à l'écran, faute d'un travail visible sur le maquillage ou les costumes, il ne semble se passez que quelques semaines ou mois. Le rythme, en dent de scie, conforte encore plus cette désagréable impression. 
Scénario et castings ne font pas mieux. La narration hésite constamment à choisir un point de vue et nous trimballe entre l'entourage du juge Pierre Michel et celui du truand Gaëtan Zampa au petit bonheur la chance, lançant de nombreuses intrigues parallèles sans jamais les développer de manière satisfaisante. On aurait aimé en savoir plus sur la corruption policière, sur la mafia corse, sur le système de Gaston Defferre, sur la rivalité entre Zampa et Le Fou. Tant pis. Les acteurs, très mal castés, sont sans doute les plus à plaindre dans l'affaire. En tête d'affiche, Jean Dujardin et Gilles Lellouche donnent le maximum dans des rôles qui ne leur correspondent guère et parviennent même à briller dans quelques scènes (le juge Michel qui craque dans une cabine téléphonique et supplie sa femme de revenir à la maison, Zampa faisant ses adieux à son fils avant de partir en planque). Mais Benoît Magimel, Feodor Atkine ou encore Gérard Meylan (l'inoubliable Marius de Jeannette) font peine à voir. Et puis engager Eric Collado, comparse bouffon de Dujardin à l'époque des Nous C Nous, dans le rôle d'un maffieux ferait presque basculer certaines scènes dans la comédie involontaire. 
Je m'arrête là, j'ai plus la force. LA FRENCH est un beau gâchis.

Alan Wilson     

WHY DON'T YOU PLAY IN HELL ? (2013)

Titre Original : Jigoku de naze Warui.
Réalisateur : Sono Sion.
Scénario : Sono SIon.
Directeur de la photo : Hideo Yamamoto.
Musique : Sono Sion.
Avec Jun Kunimura, Shinichi Tsutsumi, Fumi NIkaido, ...
Japon - Couleurs - 129 minutes.

Cinéma Paradiso.


Sono SIon est un passionné. Non, mieux que ça. C'est un enragé. Ses films sont là pour le prouver. Des morceaux de pellicules foutraques, pleins à craquer de références (musicales ou cinéphiliques), d'idées folles, d'énergie, de fétichisme, d'amour. WHY DON'T YOU PLAY IN HELL ? ne déroge pas à la tradition et y ajoute même une dimension autobiographique (à peine) fantasmée. Quitte à prouver qu'il aime le cinéma et qu'il veut laisser sa marque, Sono Sion n'hésite pas ici à aborder  cet amour frontalement, directement. En faisant notamment de son personnage principal, un réalisateur kamikaze prêt à tous les sacrifices (sa propre vie y compris, ainsi que celles de ses collaborateurs) pour mettre en boîte le film ultime. Comme note d'intention, difficile de faire plus limpide.
Un peu comme un héritier nippon de PULP FICTION, mais sous cocaïne, stéroïde et LSD, WHY DON'T YOU PLAY IN HELL mêle différentes lignes narratives et de nombreux personnages. Des policiers dépassés, un jeune amoureux naïf, une adolescente capricieuse, ancienne enfant star et fille de yakuza, un boss (yakuza, forcément) en manque de chevalerie et qui fait vivre son clan comme à l'époque des samouraïs, sans oublier son rival prêt à tout pour satisfaire une femme tyrannique et meurtrière. Et au milieu de tout ça, donc, les Fuck Bombers (!), cinéastes en herbe. Tous ces destins se croisent certes de manière un peu forcée et artificielle mais Sono Sion ne laissent pas le temps à la reflexion et foncent tête baissée jusque vers un final apocalyptique, un affrontement entre yakuzas rivaux et policiers, le tout immortalisé par les caméras des Fuck Bombers. Un climax drôle, immoral et grandiloquent. Et qui, immanquablement, fait penser à un autre film de Tarantino, j'ai nommé KILL BILL, VOL.1, référence à la tenue jaune et noire de Bruce Lee dans LE JEU DE LA MORT à l'appui. Si ce n'est que, contrairement à Tarantino, Sono SIon ne souligne jamais au marqueur ses références. Elles sont là, évidentes c'est certain, mais s'intègrent avec une fluidité exemplaire au flot constant du récit. Ce qui n'est pas un mince exploit. Il faut dire que plutôt que de multiplier les citations de tous les horizons, le cinéaste préfèrent les encadrer par une influence unique et majeure, soit l'esprit libre de KInji Fukusaku (COMBAT SANS CODE D'HONNEUR, LE CIMETIERE DE LA MORALE et, oui, BATTLE ROYALE), cinéaste touche-à-tout dont l'ombre anarchiste plâne sur tout le métrage.
Virtuose, méta, bouillonnant, WHY DON'T YOU PLAY IN HELL est tout cela à la fois. Sono Sion se fait plaisir, epérimente. On ne peut qu'être admiratif. Mais jamais ému. Ce qui est un peu la limite de l'exercice. La destinée tragique des nombreux protagonistes et la double histoire d'amour, pourtant au centre des enjeux, font malheureusement un peu pschitt. Ironie et mélodrame ne se mélangent pas aussi facilement.

Alan Wilson.            

WOLF CREEK 2 (2014)

Réalisation : Greg McLean.
Scénario : Greg McLean, Aaron Sterns.
Directeur photo : Toby Oliver.
Musique : Johnny Klimek.
Avec John Jarratt, Ryan Corr, Shannon Ashlyn, ...
Australie - Couleurs - 106 minutes.

Bigger, louder, funnier ... mais pas forcément better.


Mick Taylor (John Jarratt), sa proie et son gros couteau. Un conseil : ne le vexez surtout pas !
Mick Taylor (toujours interprété, avec force cabotinage, par John Jarratt), roi des bouseux psychopathes de l'outback australien est de retour ! Un retour tardif qui prend des allures de remakes à gros budget, le réalisateur Greg McLean ayant visiblement à coeur de faire son EVIL DEAD 2 à lui, autre séquelle en forme de remake.
WOLF CREEK premier du nom, sorti en 2005, était un solide film d'horreur à petit budget. Le mélange d'intimisme, de décors naturels sauvages et de tension larvée donnait toute sa force à un dernier acte violent et desespéré. Clairement, les influences de Greg McLean étaient estampillées 70's. DELIVERANCE et THE TEXAS CHAINSAW MASSACRE, les canons du genre, y étaient largement convoquées. La séquelle, en revanche, semble tout droit sortie des 80's. La figure du psychokiller devient centrale (et, bien évidemment, indestructible), le sang coule à profusion et les bons mots aussi. Figure mystérieuse, menace sadique aux instincts monstrueusement humains dans le premier film, Mick Taylor se transforme ici en boogeyman classique ne se distinguant des Freddy, Jason et autre Michael Myers que par son look de bushman à la Crocodile Dundee, un épais accent australien et une xénophobie pathologique. Adieu la subtilité, place à la caricature.
Passé un très amusant prologue, rendant un hommage appuyé au premier MAD MAX de George Miller, avec son duo de flics improbables et pas très finauds, à l'affût du moindre excès de vitesse pour briser la monotonie, WOLF CREEK 2 s'empresse de repartir sur des sentiers plus familiers. Un couple de jeunes touristes (allemands, ça change un peu et ça fera plaisir aux spectateurs grecs) se retrouvent isolés en pleine pampa. Arrivée de Mick Taylor. Le carnage (plutôt corsé) peut commencer. Et le film de verser illico dans la facilité d'un shocker de base. Tout le savoir-faire de McLean, loin d'être manchot avec une caméra, n'y change rien. La première partie de WOLF CREEK 2 est ennuyeuse à mourir.
Puis, ô miracle, un quidam (un anglais, là ça a son importance) se pointe, embarque dans sa jeep la touriste allemande survivante et l'intérêt refait surface. Les morceaux de bravoure, réminiscents de DUEL et HITCHER, s'enchaînent sans temps morts. Haute tension et grand spectacle font alors tout le sel de WOLF CREEK 2, sans oublier un pur moment de folie, mémorable, qui voit un groupe de kangourous traverser l'autoroute en pleine course-poursuite et venir se fracasser contre les véhicules des protagonistes. On est donc en droit de croire que le très dispensable premier acte n'est qu'un mauvais souvenir et que le film va continuer sur cette belle lancée. Hélas, non !
Le chasseur choppe sa proie et retour dans l'antre du tueur pour un face à face en forme de quizz de culture générale australienne. Une idée pas si mauvaise mais mal exploitée puisque la scène se limite à un Mick Taylor beuglant des insultes anti-rosbeefs. Drôle et pittoresque, oui. Pour ce qui est du suspense, on repassera. Tout ça avant de finir ... comme le premier film, quasiment au plan près. Ce qui sent le foutage de gueule. Comme quoi, rien ne sert de savoir filmer Mr McLean. Il faut un scénario entier, pas une moitié.

Alan Wilson