Blog cinéma d'utilité publique

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Obligatoire de 7 à 77 ans

vendredi 3 avril 2015

LES BLUES BROTHERS / THE BLUES BROTHERS (1980) DE JOHN LANDIS - LA CRITIQUE

 
 
En transposant sur grand écran l’univers musical ultra-référentiel du duo Aykroyd/Belushi (qui interprétait les frères Blues pour le public du Saturday Night Live depuis 1976), John Landis s’est retrouvé face à un défi de taille : comment diable éviter de trop diluer sur la longueur d’un long-métrage ce qui n’était à l’origine que de courtes et énergiques prestations scéniques ? Pour résoudre ce casse-tête, Landis, alors au zénith de sa créativité, a choisi la méthode la plus frontale, la plus décomplexée : livrer un grand spectacle frénétique et destructeur ne reposant que sur un scénario prétexte, tout en délivrant un message d’amour, de paix, de rock n’roll et de désobéissance généralisée avec un sérieux imperturbable et une sincérité en béton.
S’il reste conçu et pensé pour le cinéma (Landis exploite son imposant budget avec une belle générosité), THE BLUES BROTHERS ne renie pas pour autant ses origines télévisuelles puisque, en soi, le film n’est ni plus ni moins qu’une enfilade de sketch reliés entre eux par un argument simplissime (sauver un orphelinat déficitaire en organisant un gigantesque concert de blues), une justification aussi absurde que géniale (les Blues Brothers sont en mission pour le Seigneur !)  et une enfilade d’antagonistes/running gags carrément irrésistibles (un duo de troopers hargneux, des nazis, un groupe de country ou encore Carrie Fisher et son arsenal à faire pâlir n'importe quel texan de jalousie). Le tout ponctué de numéros musicaux soignés et rythmés, destinés à remettre sur le devant de la scène un all-star cast alors en passe de virer has been (Ray Charles, Aretha Franklyn, James Brown, Cab Calloway, John Lee Hooker). Pour éviter la lassitude que pourrait engendrer un tel procédé, John Landis construit son film en un crescendo totalement maîtrisé, jusqu’à une dernière demi-heure divinement euphorisante où se succèdent un concert monstre et une homérique course-poursuite motorisée qui, en plus de pulvériser des records en matière de tôle froissée, de vitesse et de figuration policière, se permet également de résoudre la totalité des sous-intrigues cumulées et … de faire décoller les voitures au son de la Chevauchée des Walkyries.
La complémentarité et la force comique de Dan Aykroyd (alors svelte) et de John Belushi (capable de jongler comme personne entre statisme et bouffonnerie) est, quant à elle, la pierre angulaire du film. Animés par une passion commune et sans borne pour la musique noire américaine, les duettistes saisissent l’opportunité du long-métrage pour dresser le portrait, parfois inattendu (et pas si éloigné que ça du Philadelphie du ROCKY de John G. Avildsen), du Chicago des sans grades, entre pauvreté chronique et optimisme sans limite. Ainsi, les Blues Brothers ont beau être menteurs, voleurs, et irrespectueux de la loi et de l’ordre, ils se battent pour une cause juste. Frères blancs délaissés par leur parents, ils se sont construit une identité métissée dans un orphelinat religieux et se veulent (peut-être un peu malgré eux) les champions de la lutte des classes comme en témoigne l’impayable scène du restaurant où ils se font un plaisir de gâcher une soirée de la haute société afin de débaucher un de leur ancien musicos devenu serveur propre sur lui. Et quand ces dernier prêchent l’amour (même à une bande de rednecks avides de country music et de bières) ils visent des valeurs essentielles tels que la tolérance et la liberté. Révolutionnaire, les Blues Brothers ? Un peu, mon neveu. Sans eux, il y a fort à parier que les films des Adam Sandler, Ben Stiller, Mike Myers et autres Will Ferrell ne seraient pas les mêmes. Ils sont les pères de la nouvelle comédie américaine, ce mélange de régression et de naïveté, le tout animé de vrais ambitions d’auteurs. 
 
Alan Wilson

jeudi 2 avril 2015

KINGDOM OF HEAVEN (2004) DE RIDLEY SCOTT - LA CRITIQUE (EXPRESS)



Une chose avant de d'aller plus loin. Pour apprécier ce film, l'un des plus beaux de la longue carrière de Sir Ridley Scott, à sa juste valeur, il existe une règle à observer scrupuleusement : bannir le montage cinéma, sinistre producer's cut que Ridley se mordit les doigts d'accepter, et ne considérer la version longue comme la SEULE et UNIQUE version. Voilà. C'est dit. C'est gravé dans le marbre. 
Bon, revenons à nos moutons. KINGDOM OF HEAVEN donc. Sublime fresque épique de plus de trois heures sur les Croisades vers la fin du XIIème siècle et très pertinente remise en perspective des conflits religieux qui secouent le Moyen-Orient depuis trop longtemps. Une fois de plus, après 1492 et GLADIATOR, le cinéaste britannique nous cause religion, guerre et pouvoir. Enfin, surtout religion dans ce cas précis. Comment l'on s'en sert, comment on devrait s'en servir. 
Que vaut donc Jérusalem pour que tant d'hommes se foutent inlassablement sur la gueule ? La question est ici posée à Saladin, charismatique et pragmatique chef de guerre des Sarassins, par le très (trop ?) chevaleresque Balian d'IBelin (Orlando Bloom dans son meilleur rôle) . Réponse de l'intéressé ? Tout et rien ! Un symbole dont chacun use pour asseoir son autorité ou justifier la guerre, les meurtres. A la regarder pou ce qu'elle est vraiment, Jérusalem n'est qu'un tas de pierres sur lequel le sang a coulé, coule et coulera encore plus que de raison. A la regarder pour ce qu'elle n'est que dans le regard des fanatiques qui agitent le monde et galvanise les foules, elle est un tremplin vers le pouvoir. Et le pouvoir, malheureusement, ne se nourrit pas de stabilité. La paix est éphémère, négociable et éternellement fragile. Au gré du point de vue des puissants de ce monde. 


Un bien triste constat mais non dénué d'optimisme. Si la quête de l'absolu ou de la perfection peut sembler vaine, sans récompense, l'abandonner pour satisfaire ses plus vils instincts serait sans doute encore pire. C'est là un des plus beaux thèmes qui irrigue tout le film et les personnages. Qu'il s'agisse de Balian, en quête de Dieu, d'amour et de rédemption, de Sybilla (Eva Greene), femme forte et imprévisible aux émotions contrariées par la politique des hommes, ou encore Saladin (Ghassan Massoud, la révélation du film), leader musulman chevaleresque contraint à la guerre par les fanatiques de tous bords. Et j'oublie d'en citer tant le film est riche de ses personnages. Riche de son esthétisme également. Les images, mémorables, sont d'une sophistication inouïe et flattent la rétine autant qu'elles donnent vie à cette époque si particulière, mélange de raffinement et de sauvagerie. 

Alan Wilson

samedi 21 mars 2015

1492: CHRISTOPHE COLOMB / 1492: CONQUEST OF PARADISE (1992) DE RIDLEY SCOTT - LA CRITIQUE



"Je crois au Paradis et à l'Enfer. Et que tous deux peuvent être terrestres." C'est ainsi que le religieux Antonio de Marchena (interprété par Fernando Rey, dans l'un de ses derniers rôles) répond au questionnement théologique de Christophe Colomb (Gérard Depardieu, très impliqué mais pas forcément à sa place ici), explorateur en devenir, utopiste passionné et terriblement ambitieux. Plus tard dans le film, ce même Christophe Colomb, démoralisé par de nombreux et sanglants revers, précise cette pensée : "Le Paradis et l'Enfer peuvent tous deux être terrestres. Ils sont en nous, où que nous allions." Ridley Scott, cinéaste et auteur, a toujours aimé confronter l'humain et le spirituel, le réalisme et l'utopisme, le Bien et le Mal, à la recherche perpétuelle d'une hypothétique frontière les séparant. Dans ALIEN, un groupe d'humains ordinaires et faillibles affrontaient une créature d'un autre monde, parfaite, indestructible. Dans BLADE RUNNER, humains et androïdes, différents sur le papier, finissaient pourtant par se ressembler de plus en plus, l'artificiel promettant même de supplanter le naturel. Dans LEGEND, les Ténèbres et la Lumière entraient carrément en guerre mais, contredisant un manichéisme apparent, les deux camps révélaient également tentations et affinités l'un envers l'autre. Enfin, dans BLACK RAIN, c'était le choc des civilisations entre l'Orient et l'Occident, les deux joignant finalement leur force pour vaincre un mal commun, mais sans renier leurs différences. Je vais m'arrêter là, je pense que je me suis fait comprendre. 1492: CHRISTOPHE COLOMB apporte (superbement) sa pierre à l'édifice, dans le feu, la sueur et le sang. 
Le projet d'un biopic sur Christophe Colomb, l"homme qui a "découvert le Nouveau Monde" (une affirmation plus que discutable historiquement, mais enfin, passons) est né en 1987 de la plume de Roselyne Bosch, une ancienne journaliste, et de la volonté d'Alain Goldman, désireux de se lancer dans la production cinéma en frappant un grand coup. Et, à seulement cinq ans du 500ème anniversaire de l'expédition de Colomb, le calendrier leur permettait de préparer soigneusement une sortie évenementielle. Retrospectivement, si l'on sait que Sir Ridley Scott ne fut pas le seul cinéaste contacté (les noms de Roland Joffé et Francis Ford Coppola ont été évoqués), il ne pouvait y avoir de meilleur choix pour diriger cette entreprise que le cinéaste britannique. Un personnage aussi ambivalent, complexe, controversé, que Christophe Colomb ne pouvait que séduire le réalisateur des DUELLISTES, lui qui fuit la facilité et le consensuel comme la peste. Et puis, après trois films contemporains (TRAQUEE, BLACK RAIN, THELMA & LOUISE), l'occasion de renouer avec la fresque costumée était trop belle pour que Scott ne saute pas dessus. Doué d'un regard unique et précis, le réalisateur aime (re)créer des mondes et 1492 était un projet unique, une sorte de rêve éveillé. Encore aujourd'hui, le métrage conserve son statut de grosse production indépendante. Beaucoup de pognon, sans la pression d'un gros studio prêt à fourrer son nez partout. Un peu comme si la couronne d'Espagne, justement, avait alors investi Colomb d'une liberté maximale avec un financement cossu. 
Le parallèle entre l'explorateur et le cinéaste coule de source. Colomb rêvait de découvrir un "Nouveau Monde" tandis que Ridley Scott s'est toujours attaché à nous faire découvrir des "Nouveaux Mondes" cinématographiques qui n'existaient que dans nos rêves (et les siens). Tous deux se sont souvent opposés à des esprits trop cartésiens et des financiers frileux, guettant la moindre brêche pour foncer et parvenir à leurs fins. Seule la méthode éloigne les deux hommes. Colomb n'a jamais vraiment su où l'emmènerait ses voyages. Scott, en revanche, sait parfaitement où il va. On peut donc retrouver ausi un peu du cinéaste dans le personnage de Gabriel Sanchez, joué avec un mélange de passion et de retenue par Armand Assante. Il est le pragmatique de l'entreprise, le réaliste qui sait comment tout cela peut et va finir. Il est celui qui prend des risques ... calculés. Encore une fois, le jeu des contrastes, des oppositions, se révèle être au coeur des thématiques du film. 
Au gré des images, superbes et terrifiantes (c'est souvent très violent), qui parcourt le film, les contrastes se succèdent, s'inversent et, finalement, se mélangent. Sitôt découvert, le Nouveau Monde n'est plus si nouveau que cela. Entre la civilisation en Europe et l'Eden d'Hispanolia, les différences s'effacent progressivement. L'enfer de l'inquisition, dépeint en quelques plans cauchemardesques de bûchers expiatoires et de foule avide de sang, rejoint au final le carnage bestial qui oppose les conquistadors de Colomb à une tribu de cannibales écumant de rage. Quant à la rebellion de Don Adrian de Moxica (hallucinant Michael Wincott, pièce maîtresse d'un casting impeccable), elle ne sert qu'à souligner l'échec total de Colomb à vouloir instaurer de nouvelles règles plus égalitaires, le noble décadent et sanguinaire insistant, quelques secondes avant de se suicider, sur la pérénnité inaltérable du système des privilèges. Sa mort, aussi brutale soit-elle, est tout sauf une victoire. Au contraire, elle met fin aux rêves de Colomb et les dernières miettes de son idéalisme passionné seront balayées par une tempêtes aux proportions bibliques. L'explorateur rentre en disgrâce, vieilli et affaibli, n'obtenant l'opportunité de repartir que pour mieux finir cloué sur une chaise, le regard perdu dans l'horizon, prisonnier de la nostalgie. Douze ans plus tard, une autre fresque de Ridley Scott, le tout aussi magnifique et fragile KINGDOM OF HEAVEN (sans doute l'oeuvre la plus proche de 1492: CHRISTOPHE COLOMB) se conclura de manière similaire avec son héros revenant au pays dans un état de statu quo identique, embrassant la vie de famille et remisant ses rêves dans un coin de l'esprit.

Alan Wilson 
     

lundi 16 mars 2015

ERRATUM SUR LA CRITIQUE DE THE HOMESMAN

Et voilà !! On est jamais appris de se tromper et de se ramasser !!! Donc, mettons les choses au point : THE HOMESMAN n'est pas le deuxième long-métrage de Tommy Lee Jones mais en fait son troisième. En effet, son premier effort se nomme GOOD OLD BOYS, un western produit pour le cable américain en 1995 avec Tommy Lee Jones donc, mais aussi Sam Shepard et Sissy Spacek. Voilà, faute avouée, ... vous connaissez la suite. J'y vais, je vais me flageller derrière un buisson avec un gros fouet.

REAL STEEL (2011) DE SHAWN LEVY - LA CRITIQUE (EXPRESS)

Dur dur de faire revivre l'esprit cinéma des glorieuses 80's, l'esprit Amblin. Nombreux sont les blockbusters qui, depuis quelques années, s'y sont cassés les dents. Bizarrement, REAL STEEL, pas vraiment prometteur sur le papier (de la science-fiction familial par le réalisateur de LA NUIT AU MUSEE, y a plus bandant quand même), parvient à créer la surprise et s'impose comme une réussite, modeste certes, mais bien réelle.
Produit par Steven Spielberg (qui d'autre ?), REAL STEEL se distingue immédiatement par une véritable humilité. S'il est bien question de robots géants qui se mettent sur la gueule, hors de question pour le réalisateur Shawn Levy d'imiter les TRANSFORMERS de Michael Bay en exhibant une technologie rutilante. C'est même tout le contraire. Servis par des images de synthèse aussi réalistes que discrètes, les robots bastonneurs de REAL STEEL affichent un look résolument old school à la fois crédible, fonctionnel et élégant. Une option profil bas qui a le mérite de leur conférer un surplus d'impact chaque fois qu'ils entrent en scène.  
C'est toutefois sur le plan humain que le film de Shawn Levy se distingue vraiment. Le scénario, rempli de références sincères (mais jamais ostentatoires) à EVERY WHICH WAY BUT LOOSE, KARATE KID ou encore SHORT CIRCUIT, déroule une trame à la ROCKY parfaitement prévisible mais qui fonctionne totalement puisqu'elle s'appuie sur des personnages solides et très bien interprétés. Réellement craquant, le duo père-fils (que tout oppose, off course) de Hugh Jackman et Dakota Goyo (de la vraie graine de star) fonctionne du feu de Dieu. Ajoutez à celà la prestation séduisante de la jolie-mais-pas-potiche Evangeline LIlly et vous obtenez un casting irréprochable et charismatique comme il se doit.
Baigné dans une ambiance chaleureuse, mis en image sans esbrouffe, REAL STEEL ne prétend pas réinventer la roue mais porte bien haut les valeurs de l'American Way of LIfe avec une naïveté retrouvée. Par les temps qui courent, un divertissement grand public garanti sans la moindre once de cynisme, ça ne se refuse pas. Et si, en plus, je vous dis que le score de l'excellent Danny Elfman se permet de rendre un vibrant hommage aux fanfares et aux mélodies du Bill Conti de KARATE KID, là vous n'avez plus aucune excuse.

Alan Wilson  

THE HOMESMAN (2014) DE TOMMY LEE JONES - LA CRITIQUE (EXPRESS)


Réaliser un second long-métrage est une épreuve à ne pas prendre à la légère. Surtout lorsque le premier à été couverts de louanges. Ainsi, neuf années séparent THE THREE BURIALS OF MELQUIADES ESTRADA de THE HOMESMAN, l'acteur et cinéaste Tommy Lee Jones ayant pris grand soin de ne pas précipiter sa nouvelle oeuvre, mais plutôt de la peaufiner.
S'il délaisse la période contemporaine pour le drame en costumes, Tommy Lee Jones persévère toutefois dans le western avec une austérité encore accrue. S'ouvrant en 1855 sur les plaines arides et balayées par des vents incessants du Nebraska, THE HOMESMAN nous parlent de solitude, de folie, de foi religieuse et de la violence et de la lâcheté des hommes. Sur un rythme lent, rempli de silences pesants, THE HOMESMAN est un film qui ne cherche pas à se faire aimer mais qui, pourtant, peu à peu, fascine et grave son spleen lancinant dans les mémoires et dans les coeurs. Rarement un western aura pris la peine de se pencher aussi sérieusement (et sans jouer la carte du militantisme) sur la triste condition des femmes lors de cette rude époque où la famine, la maladie et la dureté du climat pouvait briser les esprits, même les plus robustes.
Avec talent, Hilary Swank incarne une pionnière, religieuse fervente, dont la détermination et la force de caractère ne sont qu'une façade pour dissimuler une profonde solitude, l'envie jamais satisfaite de fonder une famille. Les trois autres femmes (jouées par Grace Gummer, Miranda Otto et Sonja Richter) dont elle a la charge de les ramener vers l'Est, dans l'Iowa, ont, quant à elles, sombré corps et âme dans la démence. Se tenir droite face au vent, tant bien que mal, ou casser, tel semble être le seul choix de vie pour ces malheureuses.
Et les hommes dans tout ça ? Tommy Lee Jones n'en offre pas vraiment un portrait flatteur. Libidineux, violents, lâches, faibles. S'ils savent survivre et se montrer occasionnellement braves ou compréhensifs, ils ne sont jamais des héros. Et surtout pas le personnage incarné par Tommy Lee Jones en personne. S'il accepte d'aider l'héroïne dans son périple, se montrant à la hauteur de la tâche dès qu'il s'agit de protéger sa "cargaison" des dangers dont ils croisent la route, ses actes ne sont motivés que par son instinct de survie, la cupidité ou, dans le meilleur des cas, la culpabilité. 
Superbement mis en image, THE HOMESMAN est un film profondément émouvant sans jamais être larmoyant et dont les derniers instants vont peut-être vous hanter longtemps après le générique de fin. 

Alan Wilson     

BILL DOOLIN LE HORS-LA-LOI (WINCHESTER ET LONG-JUPONS) / CATTLE ANNIE AND LITTLE BRITCHES (1981) DE LAMONT JOHNSON - LA CRITIQUE (EXPRESS)

Voilà un western méconnu (si ce n'est oublié) qui mérite amplement d'être redécouvert. Se basant sur les derniers jours du gang Doolin-Dalton, le film de Lamont Johnson offre un regard plein de tendresse et de nostalgie sur les hors-la-lois vieillissant d'un Ouest mythique sur le point de s'éteindre.
Le point de vue choisi ici par le réalisateur est celui de deux jeunes filles (magnifiquement incarnées par les toutes jeunes Amanda Plummer et Diane Lane) rêvant d'aventures en compagnie des hors-la-lois dont les magazines de l'époque dressent des portraits très romancés. Aux yeux des adolescentes, BIll Doolin et son gang ne sont rien moins que des rock-stars dont les exploits légendaires leurs servent à échapper à un quotidien difficile, fait de corvées et de pauvreté. Mais la vie de groupie à laquelles elles aspirent n'est pas plus rose pour autant. Pourchassés, démotivés, les Doolin-Dalton ne sont ni plus ni moins que des vagabonds couverts de poussière et qui n'ont pour seule richesse que le respect et la crainte qu'ils inspirent encore. Sur ces bases, le film pourrait être extrêmement sombre mais il n'en est pourtant rien. L'optimisme forcené des deux héroïnes, s'il ne fait disparaître ni la crasse ni la boue ni la misère, chasse au moins la morosité qui nous pendait au nez. Les promesses d'une jeunesse qui n'a pas renoncé à ses rêves, c'est là un thème que CATTLE ANNIE AND LITTLE BRITCHES exploite à merveille. Il faut voir ces montagnes de virilité ol school que sont Burt Lancaster et Rod Steiger laisser se fendre l'armure du machisme au contact de deux gamines qui ne cèdent jamais ! Il faut encore les voir inspirer l'envie d'une dernière chevauchée glorieuse à un gang tiraillé par les tensions internes et la lassitude !
Discrète mais efficace, la mise en scène de Lamont Johnson retient surtout l'attention en matière de direction d'acteurs (et actrices). Pas de prestations bigger than life, mais des comédiens solides dirigés avec beaucoup de justesse. Même Rod Steiger se la joue humble, très en retrait. Outre les interprètes déjà cités, Scott Glenn (dans le rôle de Dalton) et John Savage complètent un casting magnifique.

Alan Wilson